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Inflation de 3,0 % ou de 3,4 % ? Deux indices, deux questions

En septembre 2026, l'Insee annonce à la fois 3,0 % (IPC) et 3,4 % (IPCH). Les deux sont exacts. Ce que chacun mesure, pourquoi ils divergent, et lequel sert à quoi dans les finances publiques.

9 octobre 2026 · 5 min de lecture · Alan Bouo

Le 30 septembre 2026, l'Insee a publié son estimation de l'inflation de septembre. Dans le même communiqué figurent deux chiffres : les prix à la consommation augmenteraient de 3,0 % sur un an, et ceux de l'indice harmonisé de 3,4 %. La question de ce repère : pourquoi deux chiffres, lequel citer, et lequel compte pour les finances publiques ?

La réponse courte : les deux sont officiels, calculés par le même institut, sur la même France. Ils ne répondent pas à la même question et ne se substituent pas l'un à l'autre.

Les chiffres, avec leur statut

Glissement annuel, en %Septembre 2025Août 2026Septembre 2026 (provisoire)
IPC, indice des prix à la consommation1,22,43,0
IPCH, indice des prix à la consommation harmonisé1,12,63,4
Écart IPCH − IPC, en points−0,1+0,2+0,4

Source : Insee, Informations rapides n° 242, 30 septembre 2026, et série mensuelle du site (banque de données de l'Insee, publication du 30 septembre 2026). Champ : France. Le 3,4 % de septembre vient du communiqué de l'Insee : la banque de données n'avait pas encore mis à jour le glissement annuel de l'IPCH pour ce mois à la date de cet article.

Deux précautions viennent avec ces chiffres.

Ils sont provisoires. L'Insee les calcule « sur un champ restreint d'observations de prix » et à partir d'estimations de certains tarifs. Les résultats définitifs de septembre seront publiés le 15 octobre 2026, et l'estimation d'octobre le 30 octobre. L'Insee précise que les indices provisoires ne doivent pas servir aux revalorisations contractuelles.

Un glissement annuel n'est ni un niveau ni un mois. Les 3,0 % comparent septembre 2026 à septembre 2025. Sur le seul mois de septembre, les prix reculent (−0,3 % pour l'IPC, −0,4 % pour l'IPCH), à cause de la baisse saisonnière des prix des services après l'été. Ce qui fait monter le glissement annuel, c'est l'énergie : +21,2 % sur un an, contre +16,7 % en août, tirée par les produits pétroliers et le gaz.

Ce que mesure chaque indice

L'IPC est l'indice national, celui que l'Insee calcule depuis toujours pour mesurer l'inflation en France. Il suit le prix brut des biens et services : pour un médicament ou une consultation, le prix complet, avant remboursement.

L'IPCH est l'indice conçu pour comparer les pays de l'Union européenne. Il sert notamment à apprécier le critère de stabilité des prix du traité de Maastricht. Il suit le prix net des remboursements : seule la part restant à la charge du consommateur entre en compte. Son champ diffère aussi légèrement : il inclut par exemple l'éducation élémentaire, absente de l'IPC.

Pour l'Insee, « la principale différence entre l'IPCH et l'IPC porte sur les dépenses de santé ». Comme la santé pèse moins dans l'IPCH, les autres postes y ont mécaniquement plus de poids.

Pourquoi l'écart a grossi en septembre

Il y a un an, l'IPCH était plus bas que l'IPC. En septembre 2026, il est 0,4 point au-dessus. Le communiqué de l'Insee ne détaille pas cet écart : il donne les pondérations de l'IPC, pas celles de l'IPCH. Nous ne pouvons donc pas affirmer la cause à partir de ce seul document.

Une piste existe dans une analyse antérieure de l'Insee (billet de blog de mars 2022) : l'énergie pèse davantage dans l'IPCH que dans l'IPC, et la hausse de l'énergie expliquait environ un tiers de l'écart observé en 2021. Avec une énergie à +21,2 % sur un an, le mécanisme est cohérent. Mais c'est une hypothèse tirée d'un autre épisode, pas un constat sur septembre 2026. Les pondérations de l'IPCH 2026 ne figurent pas dans la série du site, qui ne contient que les indices d'ensemble : la question n'est donc pas tranchée ici par le calcul.

Deux changements de 2026 sont à connaître pour ne pas se tromper de cause. Depuis janvier 2026, les deux indices sont en base 100 en 2025 (au lieu de 2015), et les jeux de hasard, déjà dans l'IPC, sont aussi inclus dans l'IPCH. D'après l'Insee, ces évolutions ne bouleversent pas les indices.

Lequel compte dans les finances publiques ?

Les deux, pour des usages différents.

Les hypothèses du projet de budget reprennent la même distinction. Pour une inflation moyenne de 2026 et de 2027, le gouvernement prévoit :

Moyenne annuelle, en %20262027
IPC2,11,8
IPCH2,41,9

Source : RESF 2027, comparaison des prévisions d'inflation. Ces deux lignes sont deux prévisions du même scénario, pas deux scénarios.

Comment lire un chiffre d'inflation

  1. Nommer l'indice. « L'inflation » sans précision ne dit pas de quoi l'on parle : IPC, IPC hors tabac, IPCH, déflateur du PIB sont quatre mesures différentes.
  2. Nommer la période. Glissement annuel d'un mois, variation sur un mois, moyenne annuelle : ce ne sont pas les mêmes grandeurs. Les 3,0 % de septembre ne se comparent pas aux 2,1 % de moyenne annuelle 2026.
  3. Nommer le statut. Provisoire ou définitif. Un chiffre du 30 septembre peut être corrigé le 15 octobre.
  4. Se demander à quoi il sert. Comparer avec l'Europe : IPCH. Indexer un contrat, un barème ou une obligation : l'indice que le texte désigne, et seulement celui-là.

La série mensuelle de l'IPC, de l'IPC hors tabac et de l'IPCH, depuis 1996, est consultable sur Prix à la consommation : IPC et IPCH, avec chaque publication de l'Insee conservée. Les valeurs provisoires y sont marquées.

Sources

  1. Insee, Informations rapides n° 242 du 30 septembre 2026 : « En septembre 2026, les prix à la consommation augmenteraient de 3,0 % sur un an » (résultats provisoires)
  2. Insee, définition : indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH)
  3. Insee, blog, « Indice des prix à la consommation vs indice des prix harmonisé au niveau européen », 1er mars 2022
  4. Insee, blog, « En janvier 2026, l'indice des prix fait peau neuve ! », 3 février 2026
  5. DG Trésor, Rapport économique, social et financier (RESF) 2027, 6 octobre 2026, scénario macroéconomique et comparaison des prévisions d'inflation
  6. Haut Conseil des finances publiques, avis n° HCFP-2026-5 du 25 septembre 2026, note 30 (indexation des OATi et OAT€i) et paragraphe 115
  7. Projet de loi de finances pour 2027, Assemblée nationale n° 3210, exposé des motifs de l'article sur le barème de l'impôt sur le revenu