Toutes les prévisions du budget reposent sur une hypothèse de croissance. Pour 2026, le gouvernement retient 0,5 %, contre 1,0 % dans la loi de finances votée en février. Les chiffres de l'Insee dessinent un point de départ plus bas : après un recul au premier trimestre et une stagnation au deuxième, un peu moins d'un tiers de cette croissance est déjà acquis.
La question de ce repère : que faut-il au second semestre pour que les 0,5 % soient atteints ?
Les six derniers trimestres
| 2025-T1 | 2025-T2 | 2025-T3 | 2025-T4 | 2026-T1 | 2026-T2 | |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Évolution sur le trimestre (%) | 0,2 | 0,2 | 0,4 | 0,3 | -0,2 | 0,0 |
| Sur un an (%, calculé) | 0,8 | 0,8 | 0,8 | 1,1 | 0,7 | 0,5 |
| PIB en volume (Md€, chaîné) | 659,6 | 661,2 | 664,0 | 665,7 | 664,5 | 664,7 |
Source : Insee, comptes trimestriels, résultats détaillés du 28 août 2026, série corrigée des variations saisonnières et des jours ouvrables ; le glissement annuel est calculé par Comptes Publics.
Le recul du premier trimestre 2026 (−0,2 %) est le premier depuis le deuxième trimestre de 2020, celui de la crise sanitaire. Le deuxième trimestre est à 0,0 %. Sur un an, la croissance a ralenti à 0,5 % au deuxième trimestre, après 1,1 % au quatrième trimestre 2025.
Ce qui est déjà acquis
La croissance d'une année se calcule sur la moyenne des quatre trimestres rapportée à celle de l'année précédente. En 2025, cette moyenne a été de 662,6 milliards d'euros (en volume), soit une croissance de 0,89 % sur 2024, ce qui est bien le 0,9 % qu'affichent les documents budgétaires. Pour 2026, deux trimestres sont connus (664,5 et 664,7 milliards) ; il reste à estimer les deux autres.
Si l'activité restait au niveau du deuxième trimestre jusqu'à la fin de l'année, la moyenne de 2026 ressortirait à 664,7 milliards d'euros environ, soit une croissance de 0,31 %. C'est ce que l'on appelle l'acquis de croissance : la croissance de l'année si l'activité ne progresse plus. Le tableau suivant fait varier la croissance des deux derniers trimestres (la même au troisième et au quatrième).
| Croissance à chacun des trimestres T3 et T4 de 2026 | Croissance de 2026 |
|---|---|
| 0,00 % (acquis) | 0,31 % |
| +0,10 % | 0,39 % |
| +0,20 % | 0,46 % |
| +0,25 % | 0,50 % |
| +0,30 % | 0,54 % |
| +0,40 % | 0,62 % |
Calculs de Comptes Publics à partir des niveaux trimestriels de l'Insee (série corrigée des variations saisonnières et des jours ouvrables). Le chiffre de l'Insee pour l'année vient des comptes annuels, qui peuvent différer de quelques centièmes de point.
Pour atteindre les 0,5 % du budget, il faudrait donc environ +0,25 % à chacun des deux derniers trimestres, soit un rythme proche de celui de la fin de 2025 (+0,4 % puis +0,3 % aux troisième et quatrième trimestres). Pour atteindre les 0,4 % que prévoient l'Insee (prévision du 10 septembre), la Banque de France, l'OFCE et Rexecode, +0,12 % par trimestre suffirait.
Ce que disent les prévisions
D'après le Haut Conseil des finances publiques (HCFP), le gouvernement retient 0,5 % en 2026 ; l'Insee, la Banque de France, l'OFCE et Rexecode 0,4 %. Le HCFP juge le scénario actualisé de 2026 « plausible » : le gouvernement a abaissé des hypothèses d'investissement et de masse salariale que le Haut Conseil jugeait volontaristes dans ses avis précédents.
Pour 2027, le gouvernement prévoit 1,0 %, sous l'hypothèse d'une désescalade du conflit au Moyen-Orient et d'une réouverture progressive du détroit d'Ormuz. Les autres prévisionnistes se situent entre 0,7 % (OFCE, Rexecode) et 0,9 % (Banque de France), le consensus à 0,8 %. Le HCFP juge le chiffre du gouvernement optimiste et note que les risques sont majoritairement à la baisse. Voir Budget 2027 : ce que le gouvernement prévoyait pour 2026, et ce qu'il prévoit maintenant.
Pourquoi cela compte pour les finances publiques
Une croissance plus faible réduit les recettes et pèse sur le déficit : le projet de budget attribue 0,3 point de PIB de la dégradation du déficit de 2026 (5,4 % au lieu de 5,0 %) à la dégradation du contexte économique. Le taux de prélèvements obligatoires comme la dépense publique en points de PIB dépendent aussi du PIB nominal au dénominateur.
Ce que ces chiffres ne disent pas
- Ce n'est pas une prévision. L'acquis est un calcul d'arithmétique : il dit ce qui est déjà joué, pas ce qui arrivera.
- Les chiffres sont révisés. Les premiers résultats d'un trimestre changent souvent d'une décimale. Les trimestres de 2026 pourront être révisés, et la première estimation du troisième trimestre, attendue à la fin du mois d'octobre, sera publiée comme nouveau millésime de la série.
- Un trimestre à 0,0 % n'est pas une récession. On parle de récession après plusieurs trimestres de recul, selon des conventions variables ; ce repère n'en prononce aucune.
- Le PIB n'est pas le revenu des ménages. Il mesure la production, pas le niveau de vie.