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Budget 2027 : ce que le gouvernement prévoyait pour 2026, et ce qu'il prévoit maintenant

Déficit de 5,0 % prévu en février, 5,4 % attendu aujourd'hui, 5,0 % visé pour 2027 : la loi de finances 2026 et le projet de budget 2027 mis face à face, avec les hypothèses qui expliquent l'écart.

9 octobre 2026 · 8 min de lecture · Alan Bouo

Le 1er octobre 2026, le gouvernement a déposé à l'Assemblée nationale le projet de loi de finances pour 2027. Le même document revoit les prévisions de l'année en cours. La question de ce repère est simple : qu'avait-on prévu pour 2026 dans la loi de finances votée en février, et qu'attend-on maintenant ?

La réponse courte tient en trois chiffres. Le déficit public de 2026 était prévu à 5,0 % du PIB. Il est désormais attendu à 5,4 %. Pour 2027, le projet vise 5,0 %. Pour mémoire, le déficit constaté en 2025 est de 5,1 % du PIB (151,6 milliards d'euros).

Les prévisions, côte à côte

Chaque loi de finances comporte un « article liminaire » qui fixe les prévisions pour l'ensemble des administrations publiques. Voici celui de la loi de finances pour 2026 (promulguée le 19 février 2026) face à celui du projet pour 2027.

En % du PIB, sauf mention2025 constaté2026, loi de finances (février)2026, révisé (octobre)2027, projet
Solde public−5,1−5,0−5,4−5,0
Dette au sens de Maastricht115,7118,2119,3121,7
Prélèvements obligatoires43,643,943,944,2
Dépense publique (hors crédits d'impôt)56,656,657,156,9
Dépense publique (hors crédits d'impôt), en Md€1 6941 7331 7421 782

Trois lectures sont à retenir.

La dégradation de 2026 est réelle, mais d'ampleur limitée. Le solde recule de 0,4 point de PIB par rapport à la loi de finances. Le projet l'explique pour 0,3 point par la dégradation du contexte économique et pour 0,1 point par la charge de la dette. La dette, elle, est attendue 1,1 point plus haut que prévu (119,3 % contre 118,2 %).

Toutes les révisions ne vont pas dans le même sens. La loi de finances prévoyait pour 2025 un déficit de 5,4 % et une dette de 115,9 % du PIB. Le constat est meilleur sur le déficit (5,1 %) et très proche sur la dette (115,7 %). Une prévision de février n'est ni un plafond ni une promesse : c'est une estimation, qui se compare ensuite au constat.

Le taux de prélèvements obligatoires monte de 43,9 % à 44,2 % en 2027 dans le tableau du projet. Le texte met en avant la « stabilité fiscale » ; le tableau, lui, affiche un taux plus élevé. Les deux affirmations ne s'opposent pas forcément (un taux peut monter sans nouvel impôt, et inversement), mais seul le tableau donne le chiffre.

Pourquoi 2026 s'écarte de la loi de finances

Les hypothèses économiques ont changé. Le tableau compare celles du rapport économique, social et financier (RESF) joint au projet de loi de finances pour 2026 (octobre 2025) à celles du RESF 2027 (octobre 2026).

Hypothèse2026, RESF d'octobre 20252026, RESF d'octobre 20262027, RESF d'octobre 2026
Croissance du PIB en volume+1,0 %+0,5 %+1,0 %
Inflation (indice des prix à la consommation, moyenne annuelle)+1,3 %+2,1 %+1,8 %
Taux des obligations à 10 ans (moyenne annuelle)3,8 %3,9 %4,3 %
Charge d'intérêts des administrations publiques2,4 % du PIB2,6 % du PIB2,9 % du PIB

Le projet attribue le ralentissement de 2026 au conflit au Proche et Moyen-Orient, à la sécheresse estivale (−0,1 point de croissance) et à un climat d'incertitude qui a pesé sur la consommation et l'investissement. La croissance a reculé de 0,2 % au premier trimestre et stagné au deuxième. Elle devrait atteindre 1,0 % en 2027, sous l'hypothèse d'une désescalade du conflit à l'automne et d'une réouverture progressive du détroit d'Ormuz. Cette condition fait partie du scénario : si elle ne se réalise pas, les chiffres de 2027 ne tiennent plus.

Le gouvernement a aussi réagi en cours d'année. Il a tenu deux comités d'alerte (21 avril et 7 juillet 2026), régulé des dépenses de l'État à hauteur de 2,9 milliards d'euros en crédits de paiement dès avril, notifié des plafonds de dépense plus stricts aux ministères, puis annulé 0,5 milliard de crédits par décret le 10 septembre. Ces mesures limitent la dégradation ; elles ne l'annulent pas.

Pour le seul budget de l'État, le solde passe de −134,6 milliards d'euros (loi de finances) à −137,2 milliards en 2026, puis à −156,4 milliards dans le projet pour 2027. Cette dernière détérioration vient en partie d'une baisse de 16,9 milliards de recettes non fiscales, liée à la non-reconduction de 13,0 milliards de recettes exceptionnelles encaissées en 2026, et de la charge de la dette.

Un mot, trois montants : la charge de la dette

C'est le poste qui monte le plus vite, et celui où les montants cités diffèrent le plus. Pour 2027, le même document permet de lire trois chiffres, tous exacts, aucun interchangeable :

Le premier est celui du budget de l'État que le Parlement vote. Le dernier est celui qui entre dans le calcul du déficit public. La fiche La charge de la dette : pourquoi les chiffres diffèrent détaille ces périmètres.

Comparer ce qui est comparable

Trois précautions évitent de fausses comparaisons.

Une moyenne annuelle n'est pas un taux du jour. L'hypothèse de 4,3 % pour 2027 est la moyenne de l'année du taux des obligations françaises à 10 ans. Elle ne se compare ni à un taux relevé à une date donnée, ni à une fin d'année. À titre de repère, la moyenne mensuelle du rendement de l'OAT à 10 ans (moyenne des taux quotidiens du mois) était de 4,00 % en août 2026 (série complète), contre 3,37 % en moyenne sur 2025 (moyenne des douze mois de la même série, calculée par Comptes Publics ; le RESF retient 3,4 %).

La dépense publique n'a pas un seul montant. Le projet retient 1 694 milliards d'euros pour 2025, hors crédits d'impôt. Dans les comptes nationaux de l'Insee, la dépense des administrations publiques de 2025 est de 1 714,1 milliards : le périmètre n'est pas le même. Un écart de 20 milliards n'est pas une erreur, mais une différence de définition.

Une cible n'est pas un constat. Le déficit de 5,0 % pour 2027 est ce que le projet vise, dans un scénario économique précis, avant tout amendement du Parlement. Il sera remplacé par un autre chiffre dans la loi, puis par le constat de l'Insee en mars 2028. Chaque étape produit un chiffre différent, et chacun répond à une question différente.

Ce qu'en pense le Haut Conseil des finances publiques

Les chiffres ci-dessus sont ceux du gouvernement. La loi organique impose de les faire examiner par le Haut Conseil des finances publiques (HCFP), institution indépendante placée auprès de la Cour des comptes. Saisi le 18 septembre 2026, il a rendu son avis n° 2026-5 le 25 septembre. Il juge :

Sur la trajectoire, l'avis est sévère. L'effort structurel serait de 0,9 point de PIB (environ 28 milliards d'euros), mais la charge d'intérêts en absorbe « une part importante ». Avec un déficit de 5 % du PIB, proche de celui de 2025 et « presque intégralement de nature structurelle », la dette approcherait 122 % du PIB. L'objectif de ramener le déficit sous 3 % en 2029 est jugé « très peu vraisemblable, sauf évolutions conjoncturelles très favorables ».

Un point de méthode : l'avis porte sur le scénario présenté au HCFP à la mi-septembre. Il ne dit pas ce que fera le Parlement, et le HCFP le précise lui-même en évoquant l'incertitude sur l'adoption du budget.

Ce qui reste à lire

Le projet sera examiné et amendé par le Parlement : tout chiffre de cet article est celui du texte déposé le 1er octobre 2026. À mesure que la loi sera votée puis exécutée, cette comparaison pourra être refaite avec les chiffres définitifs.

Sources

  1. Projet de loi de finances pour 2027, Assemblée nationale n° 3210, déposé le 1er octobre 2026 (exposé général des motifs, article liminaire)
  2. Loi n° 2026-103 du 19 février 2026 de finances pour 2026, article liminaire
  3. DG Trésor, Rapport économique, social et financier (RESF) 2027, 6 octobre 2026, tableaux 8, 10, 13 et 14
  4. DG Trésor, Rapport économique, social et financier (RESF) 2026, 15 octobre 2025, tableaux 8 et 13
  5. Haut Conseil des finances publiques, avis n° HCFP-2026-5 du 25 septembre 2026 relatif aux projets de lois de finances et de financement de la sécurité sociale pour 2027
  6. Insee, Comptes de la Nation 2025, dépenses et recettes des administrations publiques (tableau 3.201)