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La dette publique de la France · Dette

La charge de la dette : pourquoi les chiffres diffèrent

65,7 milliards en 2025 pour les administrations publiques, 52,5 pour l'État, 77,4 projetés pour 2026 : même dette, périmètres, comptabilités et dates différents. Quel chiffre citer, et pourquoi.

Mis à jour le 9 octobre 2026

En 2025, les administrations publiques ont versé 65,7 milliards d'euros d'intérêts. La même année, la charge de la dette de l'État est donnée à 52,5 milliards, et une autre ligne du budget l'estime à 50,8. Aucun de ces chiffres n'est faux. Ils ne répondent pas à la même question.

Avant de citer un montant, trois choses sont à demander : qui paie les intérêts (le périmètre), comment on les compte (la comptabilité), quand (constaté ou prévu).

Sept chiffres, trois questions

ChiffreQuiCommentAnnéeConstaté ou prévu
65,7 Md€Ensemble des administrations publiquesComptabilité nationale2025Constaté (provisoire)
52,5 Md€ÉtatComptabilité nationale2025Constaté (provisoire)
50,8 Md€ÉtatComptabilité budgétaire2025Estimation révisée avant la fin de l'année
58,0 Md€ÉtatComptabilité budgétaire2026Prévu, projet de loi de finances
60,4 Md€ÉtatComptabilité générale2026Prévu, projet de loi de finances
61,9 Md€ÉtatComptabilité nationale2026Projeté par la Cour des comptes, en juin 2026
77,4 Md€Ensemble des administrations publiquesComptabilité nationale2026Projeté par la Cour des comptes, en juin 2026

Les montants 2025 de la comptabilité nationale viennent de la Cour des comptes, qui les tire des comptes de l'Insee. Les montants budgétaires et généraux de 2026 viennent du rapport du Sénat sur le projet de loi de finances. Le 61,9 de l'État pour 2026 repose, dit la Cour, sur l'hypothèse que la part de la charge portée par l'État reste constante.

Qui : l'État n'est pas toutes les administrations

La dette dont on compare le poids entre pays est celle de l'ensemble des administrations publiques : État, collectivités, Sécurité sociale, organismes divers. Leurs intérêts s'additionnent. La charge de l'État en est la plus grande part, pas la totalité. En 2025, l'écart entre les deux chiffres de la comptabilité nationale est de 13,2 milliards : il correspond aux intérêts des autres administrations (collectivités, organismes de sécurité sociale, organismes divers d'administration centrale), que FIPECO range dans cet écart.

Parler de « la charge de la dette » sans préciser le périmètre, c'est donc choisir, sans le dire, entre 52,5 et 65,7.

Comment : droits constatés ou caisse

La comptabilité nationale enregistre les intérêts quand ils sont dus : un coupon couru mais non échu y figure déjà. La comptabilité budgétaire, celle du budget voté, enregistre les décaissements quand ils ont lieu. La comptabilité générale de l'État, troisième base, donne un troisième montant pour 2026 (60,4 milliards, contre 58,0 en comptabilité budgétaire) ; le rapport du Sénat n'explique pas cet écart.

Les obligations indexées sur l'inflation ajoutent une couche. Leur capital suit les prix, et les intérêts avec lui. Cette « charge d'indexation » est provisionnée dès l'année concernée. Selon la Cour, elle passerait de 5,3 milliards en 2025 à 8,0 en 2026. Selon FIPECO, une hausse d'un point de l'inflation ajoute 3,0 milliards à la charge de l'État.

Quand : le constaté, le voté, le projeté

Une charge de 2026 n'existe pas encore. Elle se lit dans des documents qui n'ont pas la même date :

Entre ces deux dates, les taux et l'inflation ont bougé. Les comparer comme si c'étaient deux mesures du même objet conduit à croire que quelqu'un s'est trompé de 20 milliards. Ce sont des périmètres et des dates différents.

Quel chiffre citer

Pour dire…CiterÀ préciser
Le poids de la charge dans l'économie, ou une comparaison avec un autre paysLa charge des administrations publiques, comptabilité nationale (2,2 points de PIB en 2025)L'année, et que le chiffre est provisoire
Ce que le Parlement a voté pour l'ÉtatLa charge de la dette de l'État, comptabilité budgétaire« Prévue » ou « exécutée »
Où va la charge dans les prochaines annéesUne projection datée (la Cour des comptes en juin 2026)L'auteur, la date, les hypothèses de taux et d'inflation

Pourquoi elle monte

La charge augmente d'abord parce que l'État remplace des titres anciens, émis à des taux très bas, par des titres plus chers. Le taux moyen à l'émission des obligations assimilables du Trésor était nul en 2021, de 1,70 % en 2022, de 3,35 % en 2025. La maturité moyenne de la dette étant de 8,5 ans, la hausse se diffuse sur plusieurs années, même si les taux se stabilisent. À cela s'ajoute le stock, qui grossit avec des déficits supérieurs à 150 milliards en moyenne sur trois ans.

Le rapport du Sénat chiffre la sensibilité de l'État à un choc de taux d'un point sur toute la courbe : +3,2 milliards au bout d'un an, +23,5 au bout de cinq ans, +33,5 au bout de neuf. La Cour des comptes estime, quant à elle, que la charge des administrations publiques dépasserait 100 milliards par an à l'horizon 2029.

Ce que cette page ne tranche pas

D'une source à l'autre, des montants voisins diffèrent de un milliard environ pour une même année et un même intitulé. FIPECO donne par exemple 64,7 milliards pour la charge des administrations en 2025, hors frais bancaires, contre 65,7 pour la Cour des comptes. Les sources n'indiquent pas toujours la date de publication ni les corrections retenues. Cette page cite chaque montant avec sa source et ne les harmonise pas. Les chiffres 2026 sont des prévisions : ils seront remplacés par le constaté, dans la série des dépenses et recettes publiques, quand l'Insee le publiera.

La dette dont ces intérêts sont la facture est décrite sur la page la dette publique de la France, et sa série longue dans dette publique.

Sources

  1. Cour des comptes, La situation et les perspectives des finances publiques, 25 juin 2026
  2. Sénat, rapport spécial sur le projet de loi de finances pour 2026 : Engagements financiers de l'État
  3. FIPECO, La charge d'intérêts de la dette publique
  4. Insee, dépenses et recettes des administrations publiques (tableau 3.201)