Le projet de loi de finances pour 2027 est le premier budget construit sur la loi du 16 août 2026 qui actualise la programmation militaire 2024-2030. La défense sera un sujet de la campagne présidentielle, dans un contexte où l'OTAN demande à ses membres de porter leur effort à 3,5 % du PIB en 2035. La question de ce repère : combien la France prévoit-elle de consacrer à ses armées, et comment lire les chiffres ?
63,4 ou 73,2 milliards : deux périmètres
Deux montants circulent pour la même mission « Défense » en 2027 :
| Montant (crédits de paiement 2027) | Ce qu'il contient | Où on le trouve |
|---|---|---|
| 73,2 Md€ | Tous les crédits de la mission, y compris les contributions au compte « Pensions » pour les militaires et civils de la défense | État B du projet de loi de finances |
| 63,4 Md€ | Les mêmes crédits hors pensions | Projet annuel de performances, loi de programmation militaire |
La loi de programmation militaire raisonne hors pensions : c'est ce périmètre qu'il faut utiliser pour suivre la trajectoire des armées. L'écart, environ 10 milliards d'euros, correspond aux contributions employeur versées au compte « Pensions » et retracées dans le programme « Soutien de la politique de la défense » (26,2 milliards d'euros de crédits, 16,4 hors pensions).
La hausse de 2027 : +6,5 milliards d'euros
Selon le projet annuel de performances, les crédits hors pensions passent à 63,4 milliards d'euros en 2027, soit +6,5 milliards par rapport à la loi de finances de 2026 (+11,4 % selon le ministère des Armées). La hausse additionne deux « marches » :
- +3,2 milliards déjà prévus par la loi de programmation de 2023 ;
- +3,3 milliards de crédits supplémentaires apportés par l'actualisation d'août 2026.
Les autorisations d'engagement, qui permettent de signer des commandes payées sur plusieurs années, atteignent 78,7 milliards d'euros.
Les crédits se répartissent ainsi entre les programmes :
| Programme | Crédits de paiement 2027 |
|---|---|
| Équipement des forces | 27,0 Md€ |
| Préparation et emploi des forces | 17,4 Md€ |
| Soutien de la politique de la défense (hors pensions) | 16,4 Md€ |
| Environnement et prospective de la politique de défense | 2,6 Md€ |
Source : projet annuel de performances 2027, mission « Défense ».
Le ministère met en avant, pour 2027, 7,9 milliards d'euros pour la dissuasion nucléaire, 17,2 milliards pour les programmes d'armement majeurs hors dissuasion, l'augmentation des stocks de munitions, 2 150 emplois supplémentaires, 5 500 réservistes de plus et 4 000 volontaires du nouveau service national.
La trajectoire 2024-2030
La loi de programmation de 2023 prévoyait 400 milliards d'euros de crédits hors pensions sur 2024-2030 (413 milliards selon le ministère des Armées, avec les ressources extrabudgétaires). L'actualisation de 2026 y ajoute 36 milliards d'euros entre 2026 et 2030, dont 10 milliards en 2026 et 2027.
| Crédits hors pensions, Md€ | LPM de 2023 | Supplément de l'actualisation (cumulé) |
|---|---|---|
| 2024 | 47,2 | |
| 2025 | 50,5 | |
| 2026 | 53,7 | +3,5 |
| 2027 | 56,9 | +6,5 |
| 2028 | 60,4 | +8,0 |
| 2029 | 63,9 | +9,0 |
| 2030 | 67,4 | +9,0 |
Source : Sénat, avis sur le projet de loi d'actualisation (trajectoire de 2023 et suppléments annuels du projet de loi). Le ministère des Armées indique un niveau de 76,3 milliards d'euros en 2030.
En 2030, les crédits auraient donc augmenté d'environ 60 % par rapport à 2024 (calcul Comptes Publics, de 47,2 à 76,3 milliards d'euros, en euros courants). Selon le ministère, l'effort de défense devrait atteindre 2,5 % du PIB à l'horizon 2030. La commission du Sénat estimait que la trajectoire présentée laissait en 2030 un écart d'environ 0,22 point de PIB, soit plus de 7 milliards d'euros par an, au regard de la cible de 3,5 % du PIB fixée par l'OTAN pour 2035.
Ce que cela pèse dans le budget
Dans le projet de loi de finances pour 2027, la défense est la quatrième mission du budget général par ses crédits, après les remboursements d'impôts, l'enseignement scolaire et les engagements financiers de l'État (charge de la dette), à un niveau proche de cette dernière (voir notre article). Le gouvernement attribue à la défense une large part de la hausse des crédits des ministères en 2027 : +8,0 milliards d'euros au total, « en particulier au titre de la mission Défense ».
Autrement dit, à budget de l'État contraint, la hausse des crédits militaires prévue par la loi de programmation implique des économies ailleurs ou des recettes supplémentaires. La loi de programmation fixe une trajectoire, mais chaque année le Parlement vote les crédits : rien n'oblige juridiquement à la suivre.
Ce que ces chiffres ne disent pas
- Ce n'est pas l'« effort de défense » au sens de l'OTAN. L'OTAN mesure l'effort de défense selon ses propres règles, qui incluent notamment les pensions. Les 2 % ou 2,5 % du PIB ne se comparent pas directement aux 63,4 milliards d'euros.
- Ce sont des euros courants. L'inflation sur les matériels militaires réduit ce que la hausse permet d'acheter ; la loi de programmation ne garantit pas un volume d'équipements.
- Ce sont des crédits demandés. Le Parlement peut les modifier, et des crédits votés peuvent être gelés ou annulés en cours d'année. Le projet annuel de performances fixe aussi un plafond de reports de charges de 9,1 milliards d'euros fin 2027 : des factures de l'année reportées sur la suivante.