Le projet de loi de finances pour 2027 prévoit 72,9 milliards d'euros de charge de la dette pour l'État, SNCF Réseau compris. C'est 9,6 milliards de plus que la prévision révisée de 2026 (63,4), 13,7 de plus que la loi de finances de 2026 (59,3) et 21,3 de plus que l'exécution de 2025 (51,6).
La question de ce repère : à quoi ressemble ce montant quand on le pose à côté des autres grandes dépenses du budget de l'État, et que mesure-t-il exactement ? Pour les différents chiffres de la charge de la dette (État ou ensemble des administrations, comptabilité budgétaire ou nationale), voir la fiche la charge de la dette.
Les quatre plus grandes missions du budget général en 2027
Dans l'état B du projet de loi de finances, qui répartit les crédits par mission, les intérêts de la dette sont rangés dans la mission « Engagements financiers de l'État ». Les crédits de paiement demandés pour 2027 :
| Mission, crédits de paiement | Exécution 2025 | LFI 2026 | PLF 2027 |
|---|---|---|---|
| Remboursements et dégrèvements | 141,4 | 145,6 | 144,5 |
| Enseignement scolaire | 87,7 | 89,6 | 90,9 |
| Engagements financiers de l'État | 53,2 | 60,3 | 74,5 |
| Défense | 62,1 | 66,5 | 73,2 |
En milliards d'euros. Sources : projet de loi relatif aux résultats de 2025, loi de finances pour 2026 et projet de loi de finances pour 2027, état B.
La mission « Engagements financiers de l'État » passerait donc devant la mission « Défense » en 2027 ; elle était loin derrière l'Enseignement scolaire en 2025, elle s'en rapproche. La première ligne, « Remboursements et dégrèvements », n'est pas une politique publique : ce sont des impôts rendus aux contribuables (crédits d'impôt, trop-perçus, dégrèvements d'impôts locaux).
Deux précisions, pour comparer ce qui est comparable :
- La mission ne contient pas que des intérêts. Le programme « Charge de la dette et trésorerie de l'État » compte pour 72,4 milliards d'euros ; la charge de la dette de SNCF Réseau reprise par l'État pour 0,6 ; les appels en garantie, l'épargne logement et un nouveau soutien au nucléaire pour le reste. Les intérêts seuls (72,4, ou 72,9 avec SNCF Réseau) sont un peu sous les crédits de la Défense (73,2) : l'ordre de grandeur est le même, le classement dépend de la ligne qu'on retient.
- Les crédits de la Défense ne sont pas tout l'effort de défense. Ils comprennent la masse salariale et les contributions au compte « Pensions » pour les militaires, mais pas, par exemple, les pensions elles-mêmes, payées par ce compte. On compare ici des lignes du budget voté, pas des « coûts complets ».
+21 milliards en deux ans : d'où vient la hausse
Le gouvernement, dans l'exposé général des motifs, attribue l'essentiel de la dégradation du solde budgétaire de 2027 (−19,2 milliards par rapport à 2026) à la hausse des dépenses du budget général (+18,4 milliards), dont +9,6 milliards pour la charge de la dette et +8,0 pour l'ensemble des crédits des ministères. La charge de la dette progresse donc, à elle seule, plus que tous les ministères réunis.
| Dépenses de l'État, en Md€ | Exécution 2025 | LFI 2026 | Révisé 2026 | PLF 2027 |
|---|---|---|---|---|
| Crédits budgétaires des ministères | 328,8 | 337,2 | 337,4 | 345,4 |
| Charge de la dette (y compris SNCF Réseau) | 51,6 | 59,3 | 63,4 | 72,9 |
| Contributions du budget général au compte « Pensions » | 49,1 | 51,8 | 51,6 | 52,3 |
Source : projet de loi de finances pour 2027, exposé général des motifs, tableau du solde de l'État.
Trois causes s'additionnent, que le texte du projet et les publications officielles permettent d'identifier :
- Le stock de dette augmente. L'État emprunte chaque année pour couvrir son déficit et rembourser les titres qui arrivent à échéance : 340 milliards d'euros d'émissions de moyen et long terme sont prévues en 2027 (voir notre article). Un déficit budgétaire de 156,4 milliards, c'est autant de dette en plus qui porte intérêt.
- Les taux remontent. Les titres émis à taux très bas en 2020-2021 arrivent à échéance et sont remplacés par des titres émis à des taux bien plus élevés. Le taux à 10 ans de l'État a dépassé 4 % en août 2026 (voir la série quotidienne du TEC 10). Ce mouvement est lent : la dette négociable de l'État a une durée de vie moyenne d'environ huit ans et demi (8 ans et 184 jours fin 2025, selon l'Agence France Trésor), si bien que chaque année seule une partie du stock est refinancée au nouveau taux.
- L'inflation pèse sur les titres indexés. Le capital des obligations indexées sur l'inflation augmente avec les prix, et cette hausse est comptée en charge de la dette chaque année. Le projet de loi de finances l'évalue, pour 2027, à 8,5 milliards d'euros de provision pour indexation, une dépense inscrite au budget qui ne donne lieu à aucun décaissement dans l'année.
Le RESF 2027 donne la sensibilité : selon le gouvernement, un point de taux de plus sur toutes les maturités coûterait 3,4 milliards d'euros la première année et 8,1 milliards la deuxième.
Le même mouvement pour l'ensemble des administrations
Le budget de l'État ne couvre qu'une partie des administrations publiques. Pour l'ensemble (État, collectivités, Sécurité sociale, organismes divers), l'Insee mesure les intérêts versés en comptabilité nationale :
| Année | Intérêts versés par les administrations publiques, Md€ |
|---|---|
| 2012 | 54,9 |
| 2017 | 41,0 |
| 2020 | 29,7 |
| 2021 | 34,8 |
| 2022 | 50,9 |
| 2023 | 53,4 |
| 2024 | 60,1 |
| 2025 | 65,7 |
Source : Insee, comptes nationaux, tableau 3.201, publication du 28 août 2026 (série complète).
La charge avait baissé pendant dix ans alors que la dette augmentait : de 56,0 milliards en 2011 à 29,7 en 2020, parce que les taux d'émission baissaient plus vite que le stock ne montait. Elle a plus que doublé depuis 2020. Ce n'est pas le même chiffre que celui du budget de l'État : périmètre plus large, intérêts comptés quand ils sont dus et non quand ils sont payés.
Ce que ce chiffre ne dit pas
- Ce n'est pas le remboursement de la dette. La charge de la dette, ce sont les intérêts (et l'indexation). Les titres qui arrivent à échéance (179,5 milliards d'euros en 2027) sont remboursés par de nouveaux emprunts : ils figurent au tableau de financement, pas dans les dépenses du budget.
- Ce n'est pas un montant voté au sens strict. Les crédits de la charge de la dette sont évaluatifs : l'État paiera ce que les marchés et l'inflation imposeront, qu'importe le montant inscrit. Si les taux de 2027 diffèrent de l'hypothèse du gouvernement, le montant changera sans nouveau vote.
- Ce sont des crédits demandés. Le projet de loi de finances pour 2027 est en cours d'examen au Parlement. Les crédits de la Défense et de l'Enseignement scolaire seront amendés ; ceux de la charge de la dette, évaluatifs, suivront les marchés.
- Le classement n'est pas un jugement. Dire que les intérêts dépassent la Défense ne dit pas si l'un ou l'autre est trop élevé. Cela dit seulement que, à périmètre du budget de l'État, payer les intérêts de la dette passée coûterait en 2027 à peu près ce que coûtent les armées.