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Charge de la dette : en 2027, les intérêts de l'État pèseraient autant que la Défense

72,9 milliards d'euros prévus pour la charge de la dette de l'État en 2027, contre 51,6 exécutés en 2025 : +21 milliards en deux ans. Ce que le projet de budget compare, avec quoi, et ce que ce chiffre ne dit pas.

18 octobre 2026 · 6 min de lecture · Alan Bouo

Le projet de loi de finances pour 2027 prévoit 72,9 milliards d'euros de charge de la dette pour l'État, SNCF Réseau compris. C'est 9,6 milliards de plus que la prévision révisée de 2026 (63,4), 13,7 de plus que la loi de finances de 2026 (59,3) et 21,3 de plus que l'exécution de 2025 (51,6).

La question de ce repère : à quoi ressemble ce montant quand on le pose à côté des autres grandes dépenses du budget de l'État, et que mesure-t-il exactement ? Pour les différents chiffres de la charge de la dette (État ou ensemble des administrations, comptabilité budgétaire ou nationale), voir la fiche la charge de la dette.

Les quatre plus grandes missions du budget général en 2027

Dans l'état B du projet de loi de finances, qui répartit les crédits par mission, les intérêts de la dette sont rangés dans la mission « Engagements financiers de l'État ». Les crédits de paiement demandés pour 2027 :

Mission, crédits de paiementExécution 2025LFI 2026PLF 2027
Remboursements et dégrèvements141,4145,6144,5
Enseignement scolaire87,789,690,9
Engagements financiers de l'État53,260,374,5
Défense62,166,573,2

En milliards d'euros. Sources : projet de loi relatif aux résultats de 2025, loi de finances pour 2026 et projet de loi de finances pour 2027, état B.

La mission « Engagements financiers de l'État » passerait donc devant la mission « Défense » en 2027 ; elle était loin derrière l'Enseignement scolaire en 2025, elle s'en rapproche. La première ligne, « Remboursements et dégrèvements », n'est pas une politique publique : ce sont des impôts rendus aux contribuables (crédits d'impôt, trop-perçus, dégrèvements d'impôts locaux).

Deux précisions, pour comparer ce qui est comparable :

+21 milliards en deux ans : d'où vient la hausse

Le gouvernement, dans l'exposé général des motifs, attribue l'essentiel de la dégradation du solde budgétaire de 2027 (−19,2 milliards par rapport à 2026) à la hausse des dépenses du budget général (+18,4 milliards), dont +9,6 milliards pour la charge de la dette et +8,0 pour l'ensemble des crédits des ministères. La charge de la dette progresse donc, à elle seule, plus que tous les ministères réunis.

Dépenses de l'État, en Md€Exécution 2025LFI 2026Révisé 2026PLF 2027
Crédits budgétaires des ministères328,8337,2337,4345,4
Charge de la dette (y compris SNCF Réseau)51,659,363,472,9
Contributions du budget général au compte « Pensions »49,151,851,652,3

Source : projet de loi de finances pour 2027, exposé général des motifs, tableau du solde de l'État.

Trois causes s'additionnent, que le texte du projet et les publications officielles permettent d'identifier :

  1. Le stock de dette augmente. L'État emprunte chaque année pour couvrir son déficit et rembourser les titres qui arrivent à échéance : 340 milliards d'euros d'émissions de moyen et long terme sont prévues en 2027 (voir notre article). Un déficit budgétaire de 156,4 milliards, c'est autant de dette en plus qui porte intérêt.
  2. Les taux remontent. Les titres émis à taux très bas en 2020-2021 arrivent à échéance et sont remplacés par des titres émis à des taux bien plus élevés. Le taux à 10 ans de l'État a dépassé 4 % en août 2026 (voir la série quotidienne du TEC 10). Ce mouvement est lent : la dette négociable de l'État a une durée de vie moyenne d'environ huit ans et demi (8 ans et 184 jours fin 2025, selon l'Agence France Trésor), si bien que chaque année seule une partie du stock est refinancée au nouveau taux.
  3. L'inflation pèse sur les titres indexés. Le capital des obligations indexées sur l'inflation augmente avec les prix, et cette hausse est comptée en charge de la dette chaque année. Le projet de loi de finances l'évalue, pour 2027, à 8,5 milliards d'euros de provision pour indexation, une dépense inscrite au budget qui ne donne lieu à aucun décaissement dans l'année.

Le RESF 2027 donne la sensibilité : selon le gouvernement, un point de taux de plus sur toutes les maturités coûterait 3,4 milliards d'euros la première année et 8,1 milliards la deuxième.

Le même mouvement pour l'ensemble des administrations

Le budget de l'État ne couvre qu'une partie des administrations publiques. Pour l'ensemble (État, collectivités, Sécurité sociale, organismes divers), l'Insee mesure les intérêts versés en comptabilité nationale :

AnnéeIntérêts versés par les administrations publiques, Md€
201254,9
201741,0
202029,7
202134,8
202250,9
202353,4
202460,1
202565,7

Source : Insee, comptes nationaux, tableau 3.201, publication du 28 août 2026 (série complète).

La charge avait baissé pendant dix ans alors que la dette augmentait : de 56,0 milliards en 2011 à 29,7 en 2020, parce que les taux d'émission baissaient plus vite que le stock ne montait. Elle a plus que doublé depuis 2020. Ce n'est pas le même chiffre que celui du budget de l'État : périmètre plus large, intérêts comptés quand ils sont dus et non quand ils sont payés.

Ce que ce chiffre ne dit pas

Sources

  1. Projet de loi de finances pour 2027, Assemblée nationale n° 3210, déposé le 1er octobre 2026 : exposé général des motifs (tableau des dépenses et recettes de l'État), état B, exposé des motifs de l'article relatif au tableau de financement
  2. Loi n° 2026-103 du 19 février 2026 de finances pour 2026, article 148 (état B)
  3. Projet de loi relatif aux résultats de la gestion et portant approbation des comptes de l'année 2025, Assemblée nationale n° 2694, article 4
  4. Agence France Trésor, bulletin mensuel n° 432, mai 2026 (durée de vie moyenne de la dette négociable)
  5. Insee, Comptes de la Nation 2025, dépenses et recettes des administrations publiques (tableau 3.201), 28 août 2026
  6. DG Trésor, Rapport économique, social et financier (RESF) 2027, 6 octobre 2026