Dossier
Dette de l'État
Un stock, pas un découvert annuel. Comment il s'emprunte, et ce que les intérêts coûtent.
La dette est ce qui reste dû. Le déficit est ce qui, pendant une année, s'ajoute au besoin de financement. On peut réduire le second et voir quand même monter la première. Fin 2025, la dette publique au sens de Maastricht atteignait 3 460,5 milliards d'euros, soit 115,7 % du PIB, après 112,6 % fin 2024. Le déficit de la même année était de 152,5 milliards, soit 5,1 % du PIB. Les deux chiffres, et la raison pour laquelle ils vont ensemble, sont expliqués dans le texte à la une.
Cette page-ci s'en tient à trois objets que l'ancien site séparait déjà : le stock, l'emprunt, la charge.
Le stock
La dette publique dont parlent les comparaisons européennes est la dette brute consolidée de l'ensemble des administrations : État, organismes divers, collectivités, Sécurité sociale. La dette de l'État seul en est la plus grande part, pas la totalité. Un titre détenu par une administration sur une autre est consolidé : on ne le compte pas deux fois.
La dette « de Maastricht » est brute et nominale. Elle n'enlève pas les actifs financiers de l'État. Une dette nette existe dans les comptes nationaux. Elle est plus basse. Choisir l'une ou l'autre sans le dire change la phrase.
L'emprunt
L'État finance le déficit de l'année et le remboursement des titres qui arrivent à échéance en émettant de nouveaux titres. C'est le métier de l'Agence France Trésor : bons du Trésor à taux fixe et à intérêt précompté, obligations assimilables du Trésor, titres indexés. Emprunter n'est pas, à soi seul, un désordre. Un État qui rembourse un titre émis il y a dix ans doit, sauf à dégager un excédent, en émettre un autre. Le flux d'émission de l'année est donc plus large que le seul déficit.
Le taux auquel ces titres se placent dépend du marché, de l'inflation, et de la confiance prêtée à l'émetteur. Il ne se décrète pas dans la loi de finances. La loi, elle, autorise l'État à emprunter dans la limite de ce que l'équilibre budgétaire exige.
La charge
La charge, ce sont les intérêts. Elle ne finance ni une classe, ni un soin, ni une pension nouvelle. Elle rémunère la dette déjà là. En 2025, la Cour des comptes l'évalue à 65,7 milliards d'euros pour l'ensemble des administrations publiques, soit 2,2 points de PIB, en hausse de plus de 9 % sur un an. Une partie de cette hausse vient du remplacement de titres émis à des taux très bas par des titres émis plus cher. La charge peut donc monter plusieurs années après la décision d'emprunter.
La charge de l'État, au sens du budget, et la charge de toutes les administrations publiques ne sont pas le même agrégat. Le premier est une ligne de la mission « Engagements financiers de l'État ». Le second est celui de la comptabilité nationale. Les deux ont leur place. Ils n'ont pas le même chiffre.