L'aide médicale de l'État (AME) revient dans chaque débat sur l'immigration et sur les comptes publics. Elle prend en charge les frais de santé des étrangers en situation irrégulière, résidant en France depuis plus de trois mois et sous condition de ressources. La question de ce repère : combien coûte-t-elle, combien de personnes en bénéficient, et que disent exactement les documents budgétaires ?
La réponse courte, d'après le projet annuel de performances de la mission « Santé » annexé au projet de loi de finances pour 2027 :
- 1 340 millions d'euros de dépenses d'AME en 2025 ;
- 454 111 bénéficiaires de l'AME de droit commun au 31 décembre 2025, en baisse de 2,4 % sur un an ;
- 1 208,3 millions d'euros de crédits demandés pour 2027, comme en 2026, soit moins que la dépense constatée.
Un dispositif, trois enveloppes
L'action « Aide médicale de l'État » du programme 183 « Protection maladie » finance trois dispositifs. Les crédits demandés pour 2027 :
| Dispositif | Ce qu'il couvre | Crédits 2027 |
|---|---|---|
| AME de droit commun | Frais de santé des étrangers en situation irrégulière depuis plus de trois mois, sous condition de ressources | 1 137,9 M€ |
| Soins urgents | Soins hospitaliers vitaux des personnes qui ne peuvent pas avoir l'AME (séjour de moins de trois mois) et des demandeurs d'asile pendant leur délai de carence | 70 M€ |
| Autres dispositifs | AME « humanitaire » (moins d'une centaine de cas par an, sur décision ministérielle), soins des personnes gardées à vue ou retenues | 1 M€ |
| Total de l'action | 1 208,3 M€ |
Source : projet annuel de performances 2027, mission « Santé ». Le programme compte aussi 8 millions d'euros pour le Fonds d'indemnisation des victimes de l'amiante, d'où un total de 1,2 milliard d'euros pour le programme dans l'état B.
L'AME n'est pas une prestation versée aux bénéficiaires : c'est une prise en charge des soins, en tiers payant. L'Assurance maladie règle les hôpitaux, médecins et pharmacies, puis l'État la rembourse.
Combien de bénéficiaires
| 31 décembre | Bénéficiaires de l'AME |
|---|---|
| 2005 | 189 284 |
| 2010 | 228 036 |
| 2015 | 316 314 |
| 2019 | 334 546 |
| 2020 | 382 899 |
| 2021 | 380 762 |
| 2022 | 411 364 |
| 2023 | 456 689 |
| 2024 | 465 208 |
| 2025 | 454 111 |
Source : projet annuel de performances 2027, mission « Santé » (France entière, AME de droit commun).
Le nombre a été multiplié par 2,4 en vingt ans, mais il a baissé en 2025, pour la première fois depuis 2021. La baisse est concentrée outre-mer : 32 679 bénéficiaires, 20 % de moins qu'en 2024. Les femmes représentent 46 % des bénéficiaires et les mineurs un peu moins d'un quart.
Être bénéficiaire ne veut pas dire se soigner chaque année : 69 % des bénéficiaires ont eu au moins un remboursement en 2025, contre 74 % en moyenne entre 2012 et 2019. Seuls 323 799 bénéficiaires ont reçu un remboursement au cours du dernier trimestre de 2025.
Où va la dépense
D'après le même document, les dépenses d'AME ont augmenté de 6 % par an en moyenne depuis 2009, surtout parce que le nombre de bénéficiaires augmentait. Leur structure en 2025 :
- 65 % pour l'hôpital (séjours hospitaliers, hors consultations externes), alors que 15 % seulement des bénéficiaires sont hospitalisés. Les séances (venues de moins de 24 heures) relèvent pour 54 % de la dialyse, 30 % de la chimiothérapie et 13 % de la radiothérapie (données 2024).
- 35 % pour les soins de ville, dont 36 % de produits de santé et 23 % de consultations de médecins. Près d'un cinquième des médicaments sont des antiviraux (VIH, hépatite C).
- La dépense est concentrée : la caisse de Paris en paie 18 %, celle de Bobigny 9 %, celle de Cayenne 6 %.
Pour situer l'ordre de grandeur : les administrations publiques ont dépensé 1 714,1 milliards d'euros en 2025 selon l'Insee. Les 1,34 milliard de l'AME en représentent moins de 0,1 % (calcul Comptes Publics).
Des crédits inférieurs à la dépense, et une dette envers la Sécurité sociale
L'AME est une dépense de guichet : toute personne qui remplit les conditions y a droit, quel que soit le montant inscrit au budget. Or les crédits votés sont stables depuis plusieurs années, autour de 1,2 milliard d'euros, alors que la dépense les dépasse :
| 2024 | 2025 | 2026 | 2027 | |
|---|---|---|---|---|
| Crédits de l'action AME | 1 209 M€ (versés) | 1 208 M€ (LFI) | 1 208 M€ (projet) | |
| Dépenses d'AME | 1 387 M€ | 1 340 M€ |
Sources : bilan des relations financières entre l'État et la protection sociale, annexe au projet de loi de finances pour 2027 (crédits) ; Sénat, avis sur le projet de loi de finances pour 2026 (dépense 2024) ; projet annuel de performances 2027 (dépense 2025).
La différence est avancée par l'Assurance maladie, et l'État la lui doit. Selon l'annexe au projet de loi de finances pour 2027, la dette nette de l'État au titre de l'AME de droit commun est passée de 185,1 millions d'euros fin 2024 à 387,3 millions fin 2025. Inscrire au budget une somme inférieure à la dépense prévisible ne réduit donc pas la dépense : cela la reporte, sous forme de dette, sur la Sécurité sociale.
Ce qui a changé en 2026
Deux décrets du 6 février 2026 ont modifié l'accès à l'AME, sans toucher au panier de soins :
- le décret n° 2026-67 exige désormais, comme justificatif d'identité, un document comportant une photographie ;
- le décret n° 2026-66 permet aux agents qui instruisent les demandes de visa de consulter le fichier des bénéficiaires, pour ne pas délivrer de visa à une personne qui a des droits ouverts à l'AME.
S'y ajoutent les règles de 2019-2020 : dépôt en personne de la première demande, condition de trois mois de séjour irrégulier, délai de neuf mois avant certains soins programmés non urgents.
Contrôles et fraude détectée
Le projet annuel de performances donne deux indicateurs :
- à l'attribution, 16,24 % des dossiers accordés ont été contrôlés en 2025 (50 601 dossiers) ; 1 241 présentaient une anomalie conduisant au rejet, soit 2,45 % des dossiers contrôlés ;
- après coup, les contrôles de la condition de résidence ont détecté des fraudes pour un préjudice de 0,91 million d'euros en 2024 (0,84 en 2023).
Ce dernier chiffre ne mesure que la fraude détectée par un type de contrôle. Les contrôles de la Caisse nationale d'assurance maladie sur les consommations de soins portent sur tous les assurés, et leurs résultats ne distinguent pas les bénéficiaires de l'AME.
Ce que ces chiffres ne disent pas
- Ce n'est pas le coût de l'immigration. L'AME ne concerne que les étrangers en situation irrégulière. Les étrangers en situation régulière relèvent de l'assurance maladie de droit commun, et les demandeurs d'asile y accèdent après trois mois.
- Ce n'est pas le nombre d'étrangers en situation irrégulière. Le nombre de bénéficiaires ne compte que ceux qui ont demandé et obtenu l'AME ; aucun document officiel ne mesure directement le nombre de personnes éligibles.
- Le coût d'une suppression n'est pas l'opposé du coût actuel. Le projet annuel de performances soutient que l'AME « évite ainsi les surcoûts liés à des soins retardés et pratiqués dans l'urgence », sans chiffrer cet effet. Aucun des documents budgétaires de 2027 ne donne le solde net d'une suppression ou d'une transformation en aide médicale d'urgence.
- Ce sont des crédits demandés. Le projet de loi de finances pour 2027 est en discussion : les crédits de l'AME sont régulièrement amendés au Parlement.