L'immigration sera un sujet central de la campagne, et son « coût » un argument récurrent. Les documents budgétaires ne mesurent pas un coût de l'immigration : ils recensent ce que l'État dépense pour sa politique d'immigration, d'asile et d'intégration. La question de ce repère : combien, sur quels postes, et qu'est-ce qui n'est pas compté ?
La mission « Immigration, asile et intégration » : 2,1 milliards d'euros
| Crédits de paiement, Md€ | Exécution 2025 | LFI 2026 | PLF 2027 |
|---|---|---|---|
| Mission « Immigration, asile et intégration » | 2,1 | 2,1 | 2,1 |
| dont garantie du droit d'asile (hébergement des demandeurs, allocation, Ofpra) | 1,44 | 1,37 | 1,31 |
| dont lutte contre l'immigration irrégulière | 0,20 | 0,31 | 0,31 |
| dont intégration et accès à la nationalité | 0,35 | 0,36 | 0,36 |
Sources : état B des lois et projet de loi de finances ; document de politique transversale 2027 (actions). Le reste correspond au soutien et à la politique des visas.
L'essentiel de la mission finance l'asile : l'hébergement des demandeurs dans des centres spécialisés (CADA, hébergement d'urgence), l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) et l'allocation pour demandeur d'asile, versée pendant la procédure sous condition de ressources : 320 millions d'euros en 2025, 269 millions prévus en 2027.
Le projet annuel de performances explique la baisse prévue par celle de la demande d'asile : 145 270 demandes en 2025, 5,5 % de moins qu'en 2024 (153 715, niveau historique), et une nouvelle baisse en 2026 (−18 % de demandes initiales à fin juillet). Le délai moyen de traitement, recours compris, est de 10,9 mois en 2025.
La politique dans son ensemble : 7,8 milliards d'euros, 19 programmes
Le document de politique transversale annexé au projet de budget rassemble tous les crédits de l'État qui concourent à cette politique, dans douze missions :
| Programme (crédits de paiement), M€ | Exécution 2025 | PLF 2027 |
|---|---|---|
| Formations supérieures et recherche universitaire (étudiants étrangers) | 1 759 | 1 819 |
| Immigration et asile | 1 712 | 1 724 |
| Police nationale (police aux frontières, éloignement) | 1 520 | 1 588 |
| Protection maladie (aide médicale de l'État) | 1 209 | 1 208 |
| Intégration et accès à la nationalité | 346 | 364 |
| Administration territoriale de l'État (préfectures, titres de séjour) | 271 | 286 |
| Enseignement scolaire (premier et second degrés, élèves allophones) | 224 | 232 |
| Gendarmerie nationale | 155 | 153 |
| Politique de la ville | 124 | 97 |
| Juridictions administratives (Cour nationale du droit d'asile, contentieux) | 105 | 74 |
| Autres programmes (action extérieure, justice, mineurs non accompagnés…) | 287 | 277 |
| Total | 7 712 | 7 821 |
Source : document de politique transversale « Politique française de l'immigration et de l'intégration », annexe au PLF 2027, récapitulation des crédits par programme. Le texte de présentation du document indique un total de 7,813 milliards d'euros pour 2027 ; le tableau détaillé donne 7,821.
Trois postes font la moitié du total : l'accueil des étudiants étrangers dans l'enseignement supérieur, la mission « Immigration, asile et intégration » et la police nationale. L'aide médicale de l'État vient ensuite (voir notre article).
Ce que ces chiffres ne disent pas
- Ce n'est pas le « coût de l'immigration ». Le document ne compte que des crédits de l'État consacrés à une politique publique. Il ne compte ni les prestations sociales versées aux étrangers en situation régulière (qui relèvent du droit commun), ni les dépenses des collectivités (aide sociale à l'enfance pour les mineurs non accompagnés, hors la part remboursée par l'État), ni les impôts et cotisations payés par les immigrés. Aucun document budgétaire officiel ne fait ce bilan complet.
- Les conventions de rattachement comptent. Les étudiants étrangers y figurent pour 1,8 milliard d'euros : une part des crédits des universités calculée selon le nombre d'étudiants étrangers en mobilité internationale (265 726 à la rentrée 2025, hors enseignement supérieur privé) ; la police aux frontières y est comptée en totalité. Ce sont des choix de présentation du document, qui pèsent sur le total.
- L'hébergement d'urgence de droit commun n'y est pas. Une partie des personnes hébergées dans le dispositif général (3,1 milliards d'euros en 2025, selon le document) sont des étrangers, mais ce programme n'est compté que pour une faible part.
- Ce sont des crédits demandés pour 2027. Le Parlement les modifiera.