La baisse des naissances se lit désormais dans les écoles. Le projet annuel de performances de la mission « Enseignement scolaire », annexé au projet de loi de finances pour 2027, évoque une « baisse démographique durable » et des projections nationales d'environ 1,7 million d'élèves en moins à l'horizon 2035. La question de ce repère : comment le budget de l'Éducation nationale réagit-il à cette baisse ? Pour les naissances elles-mêmes, voir la série sur la fécondité.
Le budget : 90,9 milliards d'euros en 2027
| Mission « Enseignement scolaire », crédits de paiement | Md€ |
|---|---|
| Exécution 2025 | 87,7 |
| Loi de finances 2026 | 89,6 |
| Projet de loi de finances 2027 | 90,9 |
Sources : projet de loi relatif aux résultats de 2025, loi de finances pour 2026 et projet de loi de finances pour 2027, état B.
C'est la première mission du budget de l'État hors remboursements d'impôts, avec 14,8 % des crédits du budget général. Elle progresserait de 1,2 milliard d'euros en 2027.
| Programme, Md€ | LFI 2026 | PLF 2027 | dont personnel (2027) |
|---|---|---|---|
| Enseignement public du second degré | 40,00 | 40,28 | 39,94 |
| Enseignement public du premier degré | 27,91 | 28,52 | 28,47 |
| Enseignement privé sous contrat (premier et second degrés) | 8,87 | 8,94 | 8,06 |
| Vie de l'élève (dont accompagnants des élèves en situation de handicap) | 8,06 | 8,25 | 5,87 |
| Soutien de la politique de l'éducation nationale | 3,05 | 3,09 | 2,25 |
| Enseignement technique agricole | 1,73 | 1,77 | 1,16 |
Source : loi de finances pour 2026 et projet de loi de finances pour 2027, état B (crédits de paiement, dont titre 2).
Plus de 9 euros sur 10 vont aux dépenses de personnel (titre 2 : 85,8 milliards d'euros sur 90,9, calcul Comptes Publics). Le budget de l'Éducation nationale est donc d'abord une affaire de postes et de salaires, alors que le point d'indice serait gelé en 2027 selon le projet de loi de finances.
Les postes : la démographie en retire, la réforme de la formation en ajoute
Le projet annuel de performances détaille l'évolution des emplois d'enseignants à la rentrée 2027 :
| Rentrée 2027, en équivalents temps plein | Premier degré public | Second degré public |
|---|---|---|
| Effet de la baisse du nombre d'élèves | −1 898 | −1 138 |
| Mesures nouvelles (troubles du neurodéveloppement, unités pour l'inclusion scolaire) | +148 | +148 |
| Compensation de la réforme de la formation initiale | +1 336 | +154 |
| Enseignants titulaires | −414 | −836 |
| Enseignants stagiaires et élèves fonctionnaires | +1 752 | +1 183 |
| Total du programme | +1 338 | +347 |
Source : projet annuel de performances 2027, mission « Enseignement scolaire », programmes 140 et 141.
La baisse démographique retire donc environ 3 000 postes d'enseignants, un chiffre « inférieur à celui de 2026 », précise le document. Mais la réforme du recrutement et de la formation des enseignants, qui fait entrer les lauréats des concours plus tôt comme élèves fonctionnaires rémunérés, ajoute des emplois. Au total, le projet de loi de finances prévoit +3 257 emplois pour le ministère de l'Éducation nationale, dont +4 742 au titre de cette réforme. Hors réforme, le ministère perdrait des postes.
Moins d'élèves, plus de professeurs par élève
À la rentrée 2025, selon la direction statistique du ministère (DEPP), le premier degré comptait 6,155 millions d'élèves. Le projet annuel de performances indique que les effectifs d'enfants de moins de trois ans scolarisés ont baissé de 9,1 % par rapport à la génération précédente, ceux de trois ans de 2,4 %.
Quand le nombre d'élèves baisse plus vite que le nombre d'enseignants, le taux d'encadrement s'améliore mécaniquement. Le ministère le reconnaît : « cette baisse des effectifs devrait contribuer globalement à l'amélioration des taux d'encadrement ». Il expérimente depuis 2025, dans plusieurs départements, une carte scolaire pluriannuelle pour adapter l'offre aux évolutions démographiques, c'est-à-dire fermer ou regrouper des classes.
C'est là le choix que la baisse démographique pose au prochain quinquennat : garder les postes pour réduire la taille des classes, ou les supprimer au rythme des élèves pour dégager des économies. Le projet pour 2027 fait un peu des deux : il retire les postes correspondant à la démographie, mais en recrée par la réforme de la formation.
Ce que ces chiffres ne disent pas
- Ce n'est pas la dépense d'éducation de la nation. Les collectivités financent les bâtiments, la cantine, les agents des écoles et des collèges ; les familles et les entreprises paient aussi une part. La mission « Enseignement scolaire » ne couvre que la part de l'État, hors enseignement supérieur.
- Les emplois ne sont pas des classes. Une partie des postes d'enseignants sert au remplacement, à la formation, aux décharges de direction. Une baisse de postes ne se traduit pas mécaniquement par des fermetures de classes, ni l'inverse.
- Ce sont des crédits et des emplois demandés. Le Parlement peut modifier les crédits et le plafond d'emplois lors de l'examen du projet de loi de finances.