« Supprimer des postes de fonctionnaires » revient à chaque élection présidentielle, avec des objectifs chiffrés en dizaines ou centaines de milliers. La question de ce repère : combien y a-t-il d'agents publics, combien coûtent-ils, et que prévoit le budget 2027 ?
Combien d'agents ?
Au 31 décembre 2024, selon l'Insee, la fonction publique emploie 5,88 millions d'agents (France hors Mayotte, y compris 25 800 contrats aidés), 32 800 de plus qu'un an plus tôt (+0,6 %).
| Versant, fin 2024 | Agents (y compris contrats aidés) | Évolution sur un an |
|---|---|---|
| Fonction publique de l'État (ministères, établissements publics nationaux, militaires) | 2 587 400 | +0,8 % |
| Fonction publique territoriale (communes, intercommunalités, départements, régions) | 2 039 400 | +0,3 % |
| Fonction publique hospitalière (hôpitaux, établissements médico-sociaux publics) | 1 249 900 | +0,5 % |
| Ensemble | 5 876 700 | +0,6 % |
Source : Insee Première n° 2094, février 2026 (Siasp).
Trois constats de l'Insee :
- La hausse vient des contractuels. Le nombre de fonctionnaires, militaires compris, est quasi stable (−0,1 %) ; celui des contractuels augmente de 2,6 % (+35 900). Les contractuels font 24,0 % des agents, 7,6 points de plus qu'il y a dix ans.
- Une partie de la hausse à l'État est un changement d'employeur. Les accompagnants des élèves en situation de handicap (AESH), pour lesquels il n'existe pas de statut de fonctionnaire, sont passés des établissements scolaires aux ministères. Hors AESH, les effectifs des ministères de l'éducation augmentent de 0,7 %.
- Les femmes font 64 % des agents, 5 points de plus qu'il y a vingt ans.
« Fonctionnaire » et « agent public » ne sont donc pas synonymes : un agent sur quatre n'est pas fonctionnaire.
Combien coûtent-ils ?
En comptabilité nationale, la rémunération des agents des administrations publiques (salaires et cotisations employeur) atteint 370,0 milliards d'euros en 2025, sur 1 714,1 milliards de dépenses publiques, soit environ 22 % (calcul Comptes Publics).
| Année | Rémunération des agents publics, Md€ |
|---|---|
| 2015 | 285,1 |
| 2017 | 294,8 |
| 2019 | 300,6 |
| 2021 | 317,1 |
| 2022 | 331,2 |
| 2023 | 346,3 |
| 2024 | 363,0 |
| 2025 | 370,0 |
Source : Insee, comptes nationaux, tableau 3.201, publication du 28 août 2026 (série). En euros courants.
La masse salariale a augmenté de près de 70 milliards d'euros entre 2019 et 2025, contre 15,5 milliards entre 2015 et 2019 (calcul Comptes Publics, en euros courants). Les effectifs progressent bien moins vite : +1,1 % en 2023 et +0,6 % en 2024 selon l'Insee, quand la masse salariale augmentait de 4,6 % puis de 4,8 % (calcul Comptes Publics à partir de la série). L'essentiel de la hausse récente tient donc à la rémunération par agent, dans une période d'inflation.
Pour les collectivités, le rapport annexé au projet de budget 2027 indique que les charges de personnel ont augmenté de 3,1 % par an en moyenne entre 2004 et 2025, contre 1,9 % pour l'État et ses organismes et 2,7 % pour la Sécurité sociale.
Ce que prévoit le budget 2027
Pour l'État et ses opérateurs, le projet de loi de finances pour 2027 prévoit :
- le gel du point d'indice en 2027, et des mesures catégorielles limitées à 166 millions d'euros ;
- +8 025 emplois (équivalents temps plein) pour l'État, dont +4 742 liés à la réforme du recrutement et de la formation des enseignants et +2 090 pour les Armées. Hors réforme des enseignants, le solde est de +3 283 ;
- −1 209 emplois chez les opérateurs de l'État (France Travail, universités, agences…) ;
- −800 emplois en administration centrale, redéployés vers « le terrain » (enseignants, policiers, gendarmes, magistrats, greffiers, douaniers) ;
- un plafond d'autorisation d'emplois de l'État de 2 032 750 équivalents temps plein travaillé, en hausse de 16 162, notamment du fait de l'intégration des assistants d'éducation et des 4 000 premiers appelés du service militaire.
Selon l'exposé des motifs, hors formation des enseignants et hors loi de programmation militaire, le solde des créations et suppressions d'emplois de l'État, de ses opérateurs et des caisses de sécurité sociale est de −1 076 emplois.
Les ordres de grandeur, pour lire une promesse
La fonction publique de l'État ne représente qu'environ 44 % des agents publics (2,59 millions sur 5,88), et elle comprend des établissements publics qui ont leur propre budget. Les agents territoriaux dépendent des collectivités, qui fixent leurs propres effectifs ; les hospitaliers dépendent des hôpitaux, financés par l'assurance maladie. Une promesse de réduction des effectifs « de la fonction publique » engage donc des employeurs que l'État ne dirige pas.
À titre d'ordre de grandeur, la rémunération moyenne par agent, toutes charges comprises, est d'environ 63 000 euros par an (calcul Comptes Publics : 370 milliards d'euros pour 5,88 millions d'agents, sans tenir compte des temps partiels). Supprimer 100 000 postes économiserait de l'ordre de 6 milliards d'euros par an à terme, si les missions correspondantes ne sont ni sous-traitées ni compensées par des heures supplémentaires.
Ce que ces chiffres ne disent pas
- Ce n'est pas un jugement sur le bon niveau d'emploi public. La comparaison utile serait avec les services rendus (élèves par enseignant, délais de justice), que ces chiffres ne mesurent pas.
- Les effectifs dépendent des conventions. L'Insee prévient que ses séries récentes ne sont pas totalement comparables avec les publications antérieures (changements déclaratifs et de concepts).
- La masse salariale publique n'est pas que la fonction publique. Le chiffre de l'Insee couvre toutes les administrations publiques au sens de la comptabilité nationale, y compris des organismes dont les salariés relèvent du droit privé.
- Les emplois du budget 2027 sont demandés, pas votés. Le Parlement peut modifier les plafonds d'emplois.