Précarité étudiante, bourses, logement : la condition des étudiants revient dans chaque campagne. La question de ce repère : combien l'État consacre-t-il aux études supérieures et aux étudiants, et sous quelle forme ?
Deux programmes : 15,8 et 3,3 milliards d'euros
Dans la mission « Recherche et enseignement supérieur », deux programmes concernent directement les étudiants :
| Crédits de paiement, Md€ | Exécution 2025 | LFI 2026 | PLF 2027 |
|---|---|---|---|
| Formations supérieures et recherche universitaire (programme 150) | 15,31 | 15,72 | 15,79 |
| Vie étudiante (programme 231) | 3,21 | 3,27 | 3,33 |
Sources : projet de loi relatif aux résultats de 2025, loi de finances pour 2026, projet de loi de finances pour 2027 (état B).
Le premier finance surtout les universités et les établissements assimilés, par une subvention qui couvre l'essentiel de leurs salaires, enseignement et recherche universitaire confondus. Selon le projet annuel de performances, ses crédits progresseraient de 0,9 % à périmètre constant ; le schéma d'emplois est de +57 équivalents temps plein, avec le non-remplacement d'un départ à la retraite sur trois parmi les personnels administratifs (−290) et des créations pour les réformes des formations de santé (+340).
Pour situer : les établissements publics sous tutelle du ministère comptent 1 117 600 étudiants inscrits en cursus licence en 2025-2026, selon le même document.
Les bourses : 2,3 milliards d'euros
Les bourses sur critères sociaux sont la première dépense du programme « Vie étudiante » : 2 279 millions d'euros prévus en 2027. Leur montant annuel dépend de l'échelon, fixé selon les revenus et les charges de la famille :
| Échelon | Montant annuel depuis la rentrée 2026 |
|---|---|
| 0 bis | 1 454 € |
| 1 | 2 163 € |
| 2 | 3 071 € |
| 3 | 3 828 € |
| 4 | 4 587 € |
| 5 | 5 212 € |
| 6 | 5 506 € |
| 7 | 6 335 € |
Source : projet annuel de performances 2027, programme 231.
Le statut de boursier ouvre aussi l'exonération des droits d'inscription et de la contribution de vie étudiante et de campus ; l'État compense aux universités ces droits non perçus (85 millions d'euros prévus). S'y ajoutent des aides plus ciblées :
| Autres aides directes aux étudiants, PLF 2027 | M€ |
|---|---|
| Aides spécifiques (aides ponctuelles et allocations annuelles des Crous) | 48,8 |
| Aides au mérite (900 € par an pour les boursiers ayant eu une mention « très bien » au bac) | 42,8 |
| Aides à la mobilité internationale (400 € par mois) | 28,9 |
| Aide à la mobilité Parcoursup (500 €) | 10,4 |
| Aide à la mobilité master (1 000 €) | 9,2 |
Source : projet annuel de performances 2027, programme 231. Au total, les aides directes atteignent 2 419 millions d'euros.
Nouveau : des droits d'inscription en classe préparatoire et en BTS
L'article 54 du projet de loi de finances crée des droits d'inscription dans les classes préparatoires aux grandes écoles (270 euros par an) et dans les sections de techniciens supérieurs (178 euros, le même montant qu'en licence), jusqu'ici gratuites parce qu'elles sont installées dans des lycées. Les boursiers, les pupilles de la Nation et de la République, les réfugiés et les demandeurs d'asile en seraient exonérés : selon l'exposé des motifs, plus d'un étudiant de STS sur deux et un étudiant de classe préparatoire sur quatre.
Le gouvernement justifie la mesure par le coût annuel moyen de ces formations : 19 000 euros par étudiant en classe préparatoire et 17 000 euros en STS, contre 12 500 euros à l'université. Les droits seraient une recette de l'État, qui paie directement les enseignants de ces classes. Le Parlement peut modifier ou supprimer cet article.
Le repas à 1 € pour tous : 143 millions d'euros
Depuis le 4 mai 2026, le repas à 1 € dans les restaurants universitaires est ouvert à tous les étudiants, sans condition de ressources, selon le projet annuel de performances. Le projet de loi de finances prévoit 93 millions d'euros de plus pour cette mesure en 2027, soit 143 millions d'euros au total en année pleine (50 millions en 2026), plus 25 millions d'investissements dans les restaurants.
Le logement : environ 26 places Crous pour 100 boursiers
Le réseau des Crous gère 175 000 places d'hébergement (juin 2026). Rapporté au nombre de boursiers, cela fait 25,7 places pour 100 boursiers en 2025 (24,9 en 2024), selon l'indicateur du projet annuel de performances. La cible pour 2027 est de 26,1, en dessous de la cible de 26,4 que le budget précédent fixait pour 2026 : le calendrier de livraison des résidences a été décalé. Un plan annoncé début 2025 vise 45 000 logements à loyer abordable pour les étudiants entre 2025 et 2027, dont 30 000 logements sociaux.
Ce que ces chiffres ne disent pas
- Ce n'est pas toute l'aide aux étudiants. Les aides au logement (APL) versées aux étudiants, le rattachement au foyer fiscal des parents ou la réduction d'impôt pour enfant scolarisé dans le supérieur n'apparaissent pas dans ces programmes (voir le logement).
- Le programme 150 ne finance pas que l'enseignement. La subvention aux universités couvre aussi la recherche universitaire, sans qu'on puisse séparer exactement les deux (voir la recherche).
- Ce n'est pas la dépense totale d'enseignement supérieur. Les régions, les autres collectivités, les entreprises et les familles la financent aussi ; ces deux programmes n'en sont qu'une partie.
- Ce sont des crédits demandés. Le Parlement les examinera à l'automne.