La sécurité et la justice seront au cœur de la campagne. La question de ce repère : combien l'État consacre-t-il à la justice, aux prisons, à la police et à la gendarmerie, et que prévoit le budget 2027 ?
Une précision d'abord : deux montants circulent pour chaque mission. L'état B du projet de loi de finances donne les crédits pensions comprises (les contributions des ministères au compte « Pensions » pour leurs agents) ; les projets annuels de performances raisonnent souvent hors pensions. Les deux sont exacts.
Les montants
| Crédits de paiement, Md€ | Exécution 2025 | LFI 2026 | PLF 2027 |
|---|---|---|---|
| Mission « Justice » (pensions comprises) | 12,4 | 13,0 | 13,4 |
| dont administration pénitentiaire | 5,18 | 5,51 | 5,79 |
| dont justice judiciaire (tribunaux) | 4,58 | 4,74 | 4,81 |
| dont protection judiciaire de la jeunesse | 1,11 | 1,15 | 1,17 |
| dont accès au droit (aide juridictionnelle) | 0,78 | 0,81 | 0,83 |
| Mission « Sécurités » (pensions comprises) | 25,8 | 25,8 | 26,6 |
| dont police nationale | 13,49 | 13,84 | 14,15 |
| dont gendarmerie nationale | 11,27 | 11,05 | 11,31 |
| dont sécurité civile | 0,97 | 0,87 | 1,10 |
Sources : projet de loi relatif aux résultats de 2025, loi de finances pour 2026 et projet de loi de finances pour 2027, état B.
Hors pensions, selon les projets annuels de performances, la Justice disposerait de 10,96 milliards d'euros en 2027 (+4 % par rapport à 2026) et la mission « Sécurités » de 18,2 milliards (17,6 en 2026). L'écart avec l'état B (environ 8,4 milliards d'euros pour la mission « Sécurités ») correspond aux contributions au compte « Pensions » pour les agents de ces missions.
Ensemble, ces deux missions représentent environ 6,5 % des crédits du budget général (calcul Comptes Publics). Elles sont d'abord des dépenses de personnel : 12,4 milliards d'euros de titre 2 pour la police, 9,3 pour la gendarmerie, 3,7 pour l'administration pénitentiaire, 3,3 pour les tribunaux (état B, 2027).
Justice : dernière année de la loi de programmation
2027 est la dernière année de la loi d'orientation et de programmation de la justice 2023-2027. Selon le projet annuel de performances :
- le ministère créerait 1 301 emplois en 2027 : 621 pour les juridictions, 580 pour les prisons, 50 pour la protection judiciaire de la jeunesse, 50 pour le numérique ;
- l'objectif de la loi de programmation, 1 500 magistrats et 1 800 greffiers créés entre 2022 et 2027, serait respecté « à l'ETP près » ;
- en ajoutant de nouvelles recettes affectées (contribution pour l'aide juridique, droit de timbre en appel, contribution pour la justice économique), les moyens du ministère dépasseraient de 312 millions d'euros l'annuité 2027 prévue par la loi.
Les prisons : le document fait état d'une densité carcérale de 143,7 % au 10 septembre 2026, soit 90 173 personnes détenues pour 63 303 places. Il prévoit plus de 700 millions d'euros pour le programme immobilier pénitentiaire, des quartiers modulaires de semi-liberté et de courtes peines, et de nouveaux quartiers de lutte contre la criminalité organisée.
Police et gendarmerie : des effectifs en hausse
Selon le projet annuel de performances de la mission « Sécurités » :
- la police nationale gagnerait 1 234 emplois en 2027, en priorité pour l'investigation, la lutte contre l'immigration clandestine et le contrôle aux frontières ;
- la gendarmerie gagnerait 235 emplois, destinés surtout à créer 20 nouvelles brigades. Elle assure la sécurité sur 96 % du territoire, pour 51 % de la population, avec près de 3 150 brigades ;
- la sécurité civile est renforcée (Canadair et hélicoptères commandés, moyens contre les feux de forêt).
Pour les dépenses de la police liées à l'immigration, voir notre article sur les dépenses d'immigration et d'asile.
Ce que ces chiffres ne disent pas
- Ce n'est pas toute la dépense de sécurité. Les polices municipales et les services d'incendie et de secours sont financés par les collectivités. Selon la ventilation de l'Insee, l'ensemble des administrations a dépensé 52,1 milliards d'euros pour l'ordre et la sécurité publics en 2024 (voir notre article).
- Un emploi budgété n'est pas un agent sur le terrain. Les créations d'emplois incluent la formation, les fonctions de soutien et la résorption de postes vacants.
- Les places de prison ne suivent pas le budget de l'année. Les crédits immobiliers financent des établissements livrés plusieurs années plus tard.
- Ce sont des crédits demandés. Le Parlement les examinera à l'automne.