La natalité française recule depuis plus de quinze ans, et le débat public l'attribue volontiers à l'État : une politique familiale affaiblie, des aides rognées. Les comptes publics permettent de vérifier une partie de ces affirmations, pas toutes. Ce repère répond à une question précise : que dépense la France pour les familles, comment cette dépense évolue-t-elle, et que dit-elle de la baisse des naissances ?
Les chiffres de départ
D'après l'Insee (bilan démographique 2025, résultats provisoires) :
- 645 mille naissances en 2025, contre 833 mille en 2010 : plus d'un cinquième de moins en quinze ans.
- 1,56 enfant par femme (indicateur conjoncturel de fécondité), contre 2,03 en 2010. C'est le niveau le plus bas depuis la fin de la Première Guerre mondiale selon l'Insee. En 2024, l'indicateur était de 1,61.
- 651 mille décès : le solde naturel est de −6 mille en 2025, le premier solde négatif depuis la Seconde Guerre mondiale. En 2024, il restait positif (+18 mille).
- L'âge moyen à l'accouchement est de 31,2 ans en 2025, tous rangs de naissance confondus (29,9 ans en 2010). Ce n'est pas l'âge à la première maternité, qui est plus bas.
L'indicateur conjoncturel mesure la fécondité d'une année. Il baisse aussi quand les maternités sont repoussées, sans que le nombre total d'enfants des générations diminue d'autant : il ne dit pas à lui seul combien d'enfants auront les femmes d'aujourd'hui. Les séries détaillées sont dans les naissances et décès et la fécondité.
Combien la France consacre aux familles
La DREES mesure les prestations du « risque famille » de la protection sociale, quel que soit l'organisme qui paie. En 2024, elles représentent 2,3 % du PIB, soit 65,8 milliards d'euros. Dans l'Union européenne à 27, la moyenne est de 2,4 % ; elle atteint 3,5 % en Allemagne et 3,7 % en Pologne.
La part de la famille dans le PIB a presque été divisée par deux depuis 1959, alors que l'ensemble des prestations sociales a plus que doublé :
| % du PIB | 1959 | 1990 | 2010 | 2019 | 2024 (provisoire) |
|---|---|---|---|---|---|
| Famille | 4,3 | 2,8 | 2,6 | 2,3 | 2,3 |
| Ensemble des prestations de protection sociale | 14,8 | 25,9 | 31,1 | 31,6 | 31,9 |
Deux lectures prudentes. D'abord, la baisse s'est faite surtout avant 1990 ; depuis 2019, la part est stable. Ensuite, une part du PIB baisse mécaniquement quand l'économie croît plus vite que la dépense : cela ne prouve pas que les aides par enfant ont diminué. La série complète est ici.
Dans ces 65,8 milliards d'euros, selon la DREES :
| Poste du risque famille, 2024 | Md€ |
|---|---|
| Prestations en faveur de la famille (dont allocations familiales : 13,8) | 22,7 |
| Prestations liées à la garde d'enfants (Paje, crèches, Prepare, crédits d'impôt) | 17,8 |
| Aide sociale à l'enfance (départements) | 11,1 |
| Prestations liées à la maternité | 4,5 |
| Prestations liées à la scolarité (dont allocation de rentrée scolaire : 2,2) | 3,5 |
| Autres (principalement des compléments versés par les employeurs) | 6,2 |
| Total du risque famille | 65,8 |
Les prestations des crèches (7,5 milliards d'euros, comprises dans la garde d'enfants) sont une estimation, que la DREES pourra réviser.
Ce n'est pas la même chose que la branche famille de la Sécurité sociale, ni que la dépense d'accueil du jeune enfant : voir plus bas.
La branche famille : un excédent qui fond
La branche famille de la Sécurité sociale (Cnaf) est la seule branche qui reste excédentaire. Mais son excédent diminue. Selon la Commission des comptes de la sécurité sociale (octobre 2026) :
| Branche famille, Md€ | 2024 | 2025 | 2026 (prévu) | 2027 (prévu) |
|---|---|---|---|---|
| Charges nettes | 57,8 | 58,5 | 59,1 | 59,7 |
| Produits nets | 58,9 | 59,7 | 59,5 | 61,9 |
| Solde | +1,1 | +1,2 | +0,3 | +2,1 |
Ce n'est pas une explosion des dépenses qui réduit l'excédent en 2026 : les prestations légales nettes progressent de 0,4 % en 2025 et de 0,2 % en 2026. La Commission l'explique par le recul des naissances (effet volume de −1,5 point en 2026, avec −1,2 % de naissances attendu) et par des revalorisations limitées à 1,0 %. La baisse vient des recettes : la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 transfère 4,1 milliards d'euros de recettes de la branche famille à la branche vieillesse (1,5 de taxe sur les conventions d'assurance, 1,0 de taxe sur les véhicules de société, 1,6 de prélèvements sur les stock-options), pour compenser une réforme des allègements généraux. Les impôts et taxes affectés à la branche passent de 6,0 milliards d'euros en 2025 à 2,3 en 2026.
La branche finance aussi une partie des indemnités maternité et la totalité des indemnités paternité versées par la branche maladie : 2,7 milliards d'euros en 2025, selon le Sénat. Autrement dit, une partie des ressources de la branche famille finance des prestations d'autres branches.
L'accueil du jeune enfant : 16,1 milliards d'euros de dépenses publiques
La Cour des comptes a chiffré en décembre 2024 (données 2022) la dépense d'accueil et de garde des enfants de moins de trois ans : 18,1 milliards d'euros, dont 16,1 milliards d'euros de financements publics (Sécurité sociale : 10,8 ; collectivités : 3,1 ; État : 2,2). Les familles en paient moins de 8 %.
Les principaux constats de la Cour :
- Une offre qui ne couvre pas la demande. 1,31 million de places d'accueil formel pour 2,17 millions d'enfants de moins de trois ans, soit 60,3 %. 29 % des parents n'ont ni place d'accueil ni aide.
- Une crèche coûte près de 50 % de plus qu'une assistante maternelle à la collectivité (l'écart était de moins d'un tiers en 2010).
- Le congé parental s'est effondré. La prestation partagée d'éducation de l'enfant (Prepare, 448 euros par mois à temps plein) ne concerne plus que 221 000 personnes en 2022, contre 495 000 en 2014 ; son coût est de 770 millions d'euros en 2022. La Cour estime qu'une garde parentale coûte 10 800 euros par an à la collectivité, contre 13 000 euros pour une place d'accueil formel.
- 200 000 places supplémentaires d'ici 2030 coûteraient 3 milliards d'euros par an, selon la Cour, qui juge l'objectif irréaliste.
Le congé supplémentaire de naissance
La loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 crée un congé supplémentaire de naissance : un ou deux mois par parent, indemnisé à 70 % du salaire net le premier mois et à 60 % le second. Il est financé par la branche famille (versé par la Caisse nationale d'assurance maladie, puis remboursé par la Cnaf). Il s'applique aux naissances à partir du 1er janvier 2026 et se prend à compter du 1er juillet 2026.
Le coût est faible au regard des montants ci-dessus : 0,3 milliard d'euros en 2026, et 0,1 milliard d'euros de plus en 2027 selon la Commission des comptes. L'étude d'impact du projet de loi estimait un coût en année pleine de 0,3 milliard d'euros la première année, puis 0,4, 0,5 et 0,6. Elle précise que ce sont des ordres de grandeur « à visée illustrative », qui dépendent surtout du taux de recours : elle retient 10 % des pères et 35 % des mères le premier mois, puis 20 % et 55 % trois ans après.
Ce que ces chiffres ne disent pas
- Ils n'expliquent pas la baisse des naissances. Les comptes publics mesurent ce que l'État dépense, pas pourquoi les ménages ont moins d'enfants. Logement, emploi, âge au premier enfant, couple, souhaits d'enfants : ces facteurs sont débattus, et aucun chiffre de cet article ne permet de trancher.
- Ils ne comparent pas la France à son passé en euros par enfant. La part du PIB et les montants totaux ne tiennent pas compte du nombre d'enfants, qui a baissé.
- Les périmètres ne s'additionnent pas. Le risque famille de la DREES (65,8 milliards d'euros), la branche famille de la Cnaf (59,1 milliards d'euros de charges prévues en 2026) et l'accueil du jeune enfant de la Cour (16,1 milliards d'euros) se recoupent partiellement. On ne peut ni les ajouter ni les substituer l'un à l'autre.
- Le quotient familial est hors champ. Les dépenses fiscales en faveur des familles ne sont pas des prestations.
- Certains chiffres sont provisoires ou prévus. Naissances et fécondité 2023 à 2025, prestations 2024, branche famille 2026 et 2027.