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Société · Repère

Natalité en baisse : ce que dépense la France pour les familles, et ce que montrent les comptes

645 000 naissances en 2025, 1,56 enfant par femme : la natalité recule. Côté comptes publics, la famille pèse 2,3 % du PIB, la branche famille de la Sécurité sociale voit son excédent fondre, et un congé de naissance vient d'être créé. Ce que disent les chiffres officiels, et ce qu'ils ne disent pas.

13 octobre 2026 · 7 min de lecture · Alan Bouo

La natalité française recule depuis plus de quinze ans, et le débat public l'attribue volontiers à l'État : une politique familiale affaiblie, des aides rognées. Les comptes publics permettent de vérifier une partie de ces affirmations, pas toutes. Ce repère répond à une question précise : que dépense la France pour les familles, comment cette dépense évolue-t-elle, et que dit-elle de la baisse des naissances ?

Les chiffres de départ

D'après l'Insee (bilan démographique 2025, résultats provisoires) :

L'indicateur conjoncturel mesure la fécondité d'une année. Il baisse aussi quand les maternités sont repoussées, sans que le nombre total d'enfants des générations diminue d'autant : il ne dit pas à lui seul combien d'enfants auront les femmes d'aujourd'hui. Les séries détaillées sont dans les naissances et décès et la fécondité.

Combien la France consacre aux familles

La DREES mesure les prestations du « risque famille » de la protection sociale, quel que soit l'organisme qui paie. En 2024, elles représentent 2,3 % du PIB, soit 65,8 milliards d'euros. Dans l'Union européenne à 27, la moyenne est de 2,4 % ; elle atteint 3,5 % en Allemagne et 3,7 % en Pologne.

La part de la famille dans le PIB a presque été divisée par deux depuis 1959, alors que l'ensemble des prestations sociales a plus que doublé :

% du PIB19591990201020192024 (provisoire)
Famille4,32,82,62,32,3
Ensemble des prestations de protection sociale14,825,931,131,631,9

Deux lectures prudentes. D'abord, la baisse s'est faite surtout avant 1990 ; depuis 2019, la part est stable. Ensuite, une part du PIB baisse mécaniquement quand l'économie croît plus vite que la dépense : cela ne prouve pas que les aides par enfant ont diminué. La série complète est ici.

Dans ces 65,8 milliards d'euros, selon la DREES :

Poste du risque famille, 2024Md€
Prestations en faveur de la famille (dont allocations familiales : 13,8)22,7
Prestations liées à la garde d'enfants (Paje, crèches, Prepare, crédits d'impôt)17,8
Aide sociale à l'enfance (départements)11,1
Prestations liées à la maternité4,5
Prestations liées à la scolarité (dont allocation de rentrée scolaire : 2,2)3,5
Autres (principalement des compléments versés par les employeurs)6,2
Total du risque famille65,8

Les prestations des crèches (7,5 milliards d'euros, comprises dans la garde d'enfants) sont une estimation, que la DREES pourra réviser.

Ce n'est pas la même chose que la branche famille de la Sécurité sociale, ni que la dépense d'accueil du jeune enfant : voir plus bas.

La branche famille : un excédent qui fond

La branche famille de la Sécurité sociale (Cnaf) est la seule branche qui reste excédentaire. Mais son excédent diminue. Selon la Commission des comptes de la sécurité sociale (octobre 2026) :

Branche famille, Md€202420252026 (prévu)2027 (prévu)
Charges nettes57,858,559,159,7
Produits nets58,959,759,561,9
Solde+1,1+1,2+0,3+2,1

Ce n'est pas une explosion des dépenses qui réduit l'excédent en 2026 : les prestations légales nettes progressent de 0,4 % en 2025 et de 0,2 % en 2026. La Commission l'explique par le recul des naissances (effet volume de −1,5 point en 2026, avec −1,2 % de naissances attendu) et par des revalorisations limitées à 1,0 %. La baisse vient des recettes : la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 transfère 4,1 milliards d'euros de recettes de la branche famille à la branche vieillesse (1,5 de taxe sur les conventions d'assurance, 1,0 de taxe sur les véhicules de société, 1,6 de prélèvements sur les stock-options), pour compenser une réforme des allègements généraux. Les impôts et taxes affectés à la branche passent de 6,0 milliards d'euros en 2025 à 2,3 en 2026.

La branche finance aussi une partie des indemnités maternité et la totalité des indemnités paternité versées par la branche maladie : 2,7 milliards d'euros en 2025, selon le Sénat. Autrement dit, une partie des ressources de la branche famille finance des prestations d'autres branches.

L'accueil du jeune enfant : 16,1 milliards d'euros de dépenses publiques

La Cour des comptes a chiffré en décembre 2024 (données 2022) la dépense d'accueil et de garde des enfants de moins de trois ans : 18,1 milliards d'euros, dont 16,1 milliards d'euros de financements publics (Sécurité sociale : 10,8 ; collectivités : 3,1 ; État : 2,2). Les familles en paient moins de 8 %.

Les principaux constats de la Cour :

Le congé supplémentaire de naissance

La loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 crée un congé supplémentaire de naissance : un ou deux mois par parent, indemnisé à 70 % du salaire net le premier mois et à 60 % le second. Il est financé par la branche famille (versé par la Caisse nationale d'assurance maladie, puis remboursé par la Cnaf). Il s'applique aux naissances à partir du 1er janvier 2026 et se prend à compter du 1er juillet 2026.

Le coût est faible au regard des montants ci-dessus : 0,3 milliard d'euros en 2026, et 0,1 milliard d'euros de plus en 2027 selon la Commission des comptes. L'étude d'impact du projet de loi estimait un coût en année pleine de 0,3 milliard d'euros la première année, puis 0,4, 0,5 et 0,6. Elle précise que ce sont des ordres de grandeur « à visée illustrative », qui dépendent surtout du taux de recours : elle retient 10 % des pères et 35 % des mères le premier mois, puis 20 % et 55 % trois ans après.

Ce que ces chiffres ne disent pas

Sources

  1. Insee, bilan démographique 2025 (Insee Première n° 2087, 13 janvier 2026) : naissances, décès, solde naturel (tableau POP1)
  2. Insee, bilan démographique 2025 : indicateur conjoncturel de fécondité et âge moyen à l'accouchement (tableau NAIS3)
  3. DREES, La protection sociale en France et en Europe en 2024, édition 2025 (18 décembre 2025) : part des prestations dans le PIB depuis 1959, fiche 08 « Le risque famille » et fiche 17 « Le risque famille en Europe »
  4. Commission des comptes de la sécurité sociale, rapport d'octobre 2026 : branche famille (tableau 12), transferts de recettes, congé supplémentaire de naissance
  5. Cour des comptes, La politique d'accueil du jeune enfant, décembre 2024 (données de 2022)
  6. Projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2026, annexe 9 (fiches d'évaluation préalable), article 42 « Créer un congé supplémentaire de naissance »