Pour un salarié non-cadre du privé à carrière complète, le taux de rendement interne net des cotisations de retraite est de 2,0 % par an pour la génération 1940 et de 0,8 % pour la génération 2000. Ce sont les simulations du secrétariat général du Conseil d'orientation des retraites (COR), publiées dans son rapport annuel du 11 juin 2026.
La question de ce repère : les retraités ont-ils « mérité » leur retraite, au sens de ce qu'ils ont versé et de ce qu'ils touchent, et que veut dire « on n'a pas mis l'argent de côté » ?
Une idée répandue tient les deux propos ensemble : les retraités ont mérité leur pension, et pourtant elle est payée par les actifs d'aujourd'hui, parce que l'argent n'a pas été mis de côté. « Mérité » est un jugement de valeur, que ce site ne tranche pas. Les faits qui s'y rattachent, eux, se mesurent : ce qu'une génération a cotisé, ce qu'elle perçoit, et d'où vient l'argent.
La réponse courte
- Chaque génération de la série a un rendement positif, mais il baisse nettement entre les générations nées en 1940 et celles nées dans les années 1970, puis se stabilise.
- Les premières générations ont touché leurs pensions en contrepartie de moindres cotisations : c'est le COR qui l'écrit, et c'est cette différence qui répond à « ai-je cotisé peu et touché beaucoup ? ».
- « Pas d'argent de côté » est exact pour l'essentiel : en répartition, les pensions sont payées par les cotisations des actifs du moment. Mais un droit à pension acquis par des cotisations n'est pas pour autant un droit sans fondement : c'est la règle même du système.
Ce que mesure le taux de rendement interne
Le taux de rendement interne (TRI) met en regard, sur toute la vie, les cotisations versées et les pensions perçues. Le COR le définit comme le taux d'actualisation qui assure une stricte égalité entre la somme des pensions perçues et celle des cotisations payées. Autrement dit : plus il est élevé, moins il a fallu cotiser pour une même pension.
Le chiffre cité ici est calculé sur un seul cas type, le cas type n° 2 du COR : un salarié non-cadre du secteur privé à carrière complète. L'actualisation se fait selon le salaire moyen par tête (SMPT), ce qui neutralise, selon le COR, les différences de croissance économique entre générations. Avec une actualisation selon les prix, le COR trouve 1,5 % pour la génération 2000 : le même cas type, une autre convention, un autre chiffre.
Ce que le TRI ne contient pas, selon l'annexe méthodologique du COR :
- les droits familiaux (majorations pour enfants) et les pensions de réversion : seules les pensions de droit propre sont retenues ;
- les allègements de cotisations d'un côté, les impôts affectés et transferts de l'autre : seules les cotisations sont comptées.
Le COR précise aussi que le TRI « ne signifie en aucune façon » que la répartition puisse s'assimiler à une capitalisation, où la retraite dépend de la rentabilité de placements. Et qu'un TRI élevé peut renvoyer à une pension faible, associée à un effort contributif faible ou à une durée de perception courte.
Un rendement qui baisse de la génération 1940 aux années 1970
| Génération | TRI, scénario de référence (% par an) | TRI, espérance de vie basse et haute (% par an) | Taux de remplacement net, non-cadre (%) |
|---|---|---|---|
| 1940 | 2,0 | 2,0 à 2,0 | 76,9 |
| 1950 | 1,8 | 1,7 à 1,8 | 72,6 |
| 1960 | 1,2 | 1,1 à 1,3 | 74,8 |
| 1970 (simulé) | 0,9 | 0,7 à 1,1 | 72,0 |
| 1980 (simulé) | 0,8 | 0,6 à 1,0 | 70,0 |
| 2000 (simulé) | 0,8 | 0,5 à 1,1 | 68,7 |
Source : COR, rapport annuel de juin 2026, partie 3 (figures 3.32 pour le TRI et 3.3 pour le taux de remplacement), publié le 11 juin 2026, via les séries rendement des retraites et taux de remplacement de ce site. Champ : cas type de salarié non-cadre du privé à carrière complète, parti au taux plein. Les générations nées à partir de 1964 n'ont pas encore liquidé leur pension : leurs valeurs sont des simulations du scénario de référence du COR (productivité de 0,7 % par an, chômage de 7,0 % à partir de 2040). Le taux de remplacement est le rapport entre la pension nette et les derniers salaires nets ; c'est un autre indicateur, qui ne mesure pas le rendement.
La baisse n'est pas régulière : 1,8 % pour la génération 1950, 1,2 % pour la génération 1955. Le COR résume la tendance ainsi : le TRI « décroîtrait progressivement de la génération 1940 aux générations du début des années 1970 », dans le cadre de la montée en charge du système par répartition et de niveaux de croissance économique moins dynamiques, puis serait « quasi stabilisé » pour les plus jeunes.
Ce qui explique la baisse : cotiser plus, pour une pension relativement plus faible
Trois éléments ressortent des chapitres du COR.
Un effort contributif plus lourd. Le taux de cotisation moyen du cas type de non-cadre du privé passerait de 19 % pour la génération 1940 à 28 % pour la génération 2000. Il est de 27,9 % en 2025 (régime de base de la Cnav et Agirc-Arrco, parts salariale et employeur). Le COR note que les générations les plus jeunes seraient pénalisées par ces taux plus élevés et par une pension moyenne plus faible relativement au revenu d'activité moyen.
Des règles moins favorables. Le COR cite l'indexation des droits sur les prix et la baisse du rendement à l'Agirc-Arrco parmi les causes d'une pension relative appelée à diminuer. Ces effets pèsent sur les générations qui n'ont connu que ce mode d'indexation.
La démographie et la durée de vie. Pour la génération 2000, le TRI varie de 0,5 % à 1,1 % selon l'hypothèse d'espérance de vie : plus la retraite dure, plus le rendement est élevé. Il varie aussi, plus faiblement, avec la productivité : environ 0,2 point d'écart entre l'hypothèse la plus favorable (1,0 %) et la moins favorable (0,4 %), parce que les pensions et les salaires portés aux comptes sont indexés sur les prix.
Le rapport entre actifs et retraités a changé dans le même sens. Le nombre de personnes de 20 à 64 ans pour une personne de 65 ans et plus est passé de 4,17 au 1er janvier 1991 à 2,53 au 1er janvier 2025 (chiffre provisoire, Insee, bilan démographique du 13 janvier 2026). Et le nombre de cotisants par retraité de droit direct, tous régimes, est passé de 2,14 en 2002 à 1,77 en 2024 (COR). Ce sont deux ratios différents, qu'il ne faut pas confondre : le premier est démographique (tranches d'âge), le second rapporte les cotisants aux retraités de droit direct.
« On n'a pas mis l'argent de côté » : ce que le chiffre veut dire
En répartition, le COR le rappelle en tête de son chapitre sur l'équité entre générations : les pensions des retraités sont financées par les cotisations des actifs. Il n'y a pas de compte individuel où les cotisations d'une personne seraient placées pour elle.
Il existe pourtant des réserves, mais elles sont petites au regard des engagements :
- Agirc-Arrco : 91,2 milliards d'euros de réserves disponibles, en valeur de marché, à la clôture de l'exercice 2025. Le régime les compare lui-même aux droits futurs, qu'il évalue à 3 500 milliards d'euros sur les quarante prochaines années pour ses 60 millions de bénéficiaires : elles en représentent environ 2,5 %. Pour le régime, ces réserves sont « un amortisseur nécessaire pour compenser temporairement les déséquilibres économiques et démographiques ». (Source : communiqué du 31 mars 2026. Le calcul des 2,5 % est celui de l'Agirc-Arrco.)
- Fonds de réserve pour les retraites (FRR) : 20,7 milliards d'euros d'actif net fin 2025, après 20,4 milliards fin 2024 (rapport annuel 2025 du fonds). Le FRR verse chaque année une somme à la Caisse d'amortissement de la dette sociale (Cades) : il n'est donc pas une réserve qui s'accumule sans être utilisée.
Ces réserves ne se comparent pas directement au coût du système : l'Agirc-Arrco n'est qu'un régime, et les 422 milliards d'euros de dépenses de 2025 (COR, 14,1 % du PIB) couvrent tous les régimes (voir la fiche sur le financement des retraites). L'ordre de grandeur suffit : les réserves couvrent une fraction des engagements, pas leur totalité.
Les cotisations, enfin, ne sont pas la seule ressource : elles représentent environ les deux tiers des ressources du système en 2025, le reste venant de l'État, d'impôts affectés et de transferts. Le TRI ne compte que les cotisations (voir plus haut).
Ce qui n'est pas « contributif » dans une pension
Une partie de ce qu'un retraité touche ne dépend pas directement de ses cotisations. La DREES donne quelques repères, qui ne forment pas un total :
- les pensions de droit dérivé (réversion) représentent 11 % des pensions de retraite des régimes légalement obligatoires en 2023 (39,2 milliards d'euros sur 369,9), les pensions de droit direct 89 % ;
- le minimum contributif du régime général est de 747,69 euros par mois au 1er janvier 2025 pour une carrière complète (893,65 euros avec majoration) ; fin 2020, 37 % des retraités de droit direct résidant en France bénéficiaient d'un minimum de pension, contre 18 % des pensions liquidées en 2022 au régime général : le durcissement des conditions depuis 2012 a fait baisser cette part ;
- le minimum vieillesse (4,6 milliards d'euros en 2023) est versé sans contrepartie de cotisations et ne fait pas partie des pensions de retraite des régimes obligatoires.
Ces éléments relèvent de la solidarité et des droits familiaux. Ils sont hors du TRI du cas type : un retraité réel peut donc recevoir davantage, ou moins, que ce que la simulation indique.
Ce que ces chiffres ne permettent pas de conclure
- Que les retraités aient ou non « mérité » leur pension. Le TRI compare ce qui a été versé et ce qui est perçu ; il ne dit pas ce que chacun doit à la société ni l'inverse.
- Que tous les salariés aient eu ce rendement. Un seul cas type est chiffré par le COR : le non-cadre du privé à carrière complète. Le COR juge le calcul non reproductible pour les fonctionnaires, et ne publie pas de TRI pour le cadre.
- Le niveau des pensions. Un TRI élevé peut accompagner une pension faible. Pour le niveau, voir les taux de remplacement et le niveau de vie des retraités.
- L'avenir des générations jeunes. Pour les générations nées à partir de 1964, ce sont des simulations. Elles dépendent des hypothèses de croissance, de chômage et d'espérance de vie ; pour la génération 2000, l'écart entre les variantes d'espérance de vie est de plus du double (0,5 % contre 1,1 %).
Le prochain sujet utile, pour prolonger la question : ce que la part non contributive des pensions pèse dans les dépenses de retraite, un chiffre que les documents lus ici ne donnent pas directement.