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Retraites : ce que l'État y met dans le budget, et pourquoi on ne peut pas tout additionner

En 2027, le budget général verserait 52,3 milliards d'euros au compte « Pensions » et 6,3 aux régimes spéciaux. Ce que recouvrent ces montants, et pourquoi on ne peut pas les ajouter aux 69,8 milliards du compte lui-même.

10 octobre 2026 · 5 min de lecture · Alan Bouo

Le budget de l'État ne verse pas « les retraites ». Il finance les pensions de ses propres agents, civils et militaires, et il aide quelques régimes spéciaux. Dans le projet de loi de finances pour 2027, cela représente deux montants :

La question de ce repère : que recouvrent ces deux montants, et pourquoi ne faut-il surtout pas les additionner avec la dépense du compte « Pensions » ? Pour l'ensemble du financement des retraites, y compris la Sécurité sociale, voir le financement des retraites.

Premier canal : l'État employeur et le compte « Pensions »

Les pensions des agents de l'État (fonctionnaires civils, militaires, ouvriers des établissements industriels) sont payées par un compte d'affectation spéciale, une comptabilité distincte du budget général, qui retrace les opérations relatives aux pensions gérées par l'État : les recettes qui lui sont affectées d'un côté, les pensions versées de l'autre.

Ses dépenses, au projet de loi de finances pour 2027 : 69,8 milliards d'euros, répartis en trois programmes :

Programme du compte « Pensions », 2027Crédits
Pensions civiles et militaires de retraite et allocations temporaires d'invalidité66,63 Md€
Ouvriers des établissements industriels de l'État2,08 Md€
Pensions militaires d'invalidité, des victimes de guerre et autres pensions1,09 Md€
Total69,80 Md€

Ses recettes, d'après le tableau de la loi de finances pour 2026 (66,08 milliards d'euros pour les pensions civiles et militaires) :

Recettes de la section « pensions civiles et militaires », LFI 2026Montant
Contributions des employeurs pour les agents propres de l'État et les agents détachés dans une administration de l'État (civils et militaires)46,97 Md€
Autres contributions d'employeurs (établissements publics, agents détachés ailleurs, primes et indemnités, France Télécom, budgets annexes)10,24 Md€
Retenues sur les pensions des agents (cotisations salariales)7,48 Md€
Recettes diverses (dont compensation démographique de 0,92 Md€)1,39 Md€
Total66,08 Md€

Le calcul de cette répartition est le nôtre : nous avons additionné les lignes du tableau de la loi par nature, et le total retrouve exactement les 66 077 millions d'euros de la section. Plus de 70 % du financement vient donc de l'État lui-même, en tant qu'employeur : ses ministères versent au compte une contribution sur la rémunération de leurs agents.

Le projet de loi de finances donne les taux de cette contribution : 82,28 % de la rémunération pour les agents civils de l'État, 126,07 % pour les militaires, contre 37,65 % pour les fonctions publiques territoriale et hospitalière et 16,67 % pour le secteur privé. Le texte précise que ces taux reflètent « le besoin d'équilibre du régime » et qu'ils ne permettent pas de distinguer l'effort contributif de l'employeur de « la subvention d'équilibre versée par l'État ».

Deuxième canal : la mission « Régimes sociaux et de retraite »

Cette mission du budget général verse des subventions d'équilibre à quelques régimes spéciaux de retraite.

Programme, en Md€LFI 2026PLF 2027
Régimes sociaux et de retraite des transports terrestres4,193,86
Régimes de retraite et de sécurité sociale des marins0,810,79
Régimes de retraite des mines, de la SEITA et divers1,071,00
Compensation des exonérations relatives au taux de contribution employeur du compte « Pensions » (nouveau)0,63
Total de la mission6,076,27

Sources : loi de finances pour 2026 (article 148) et projet de loi de finances pour 2027, état B, crédits de paiement. Le dernier programme est nouveau : il compense des exonérations de contribution employeur au compte « Pensions ».

Pourquoi on ne peut pas additionner

Il est tentant d'écrire : « l'État met 52 milliards au compte Pensions, 6 aux régimes spéciaux, 70 pour les pensions : total 128 milliards ». C'est faux, car les 52,3 milliards d'euros versés par le budget général sont déjà une partie des 69,8 milliards de recettes et de dépenses du compte « Pensions ». Les ajouter aux dépenses du compte compte deux fois le même euro : une fois quand le ministère paie sa contribution, une autre quand le compte verse la pension.

Les trois montants à retenir se lisent ainsi :

Montant (projet 2027)Ce que c'estPeut s'ajouter à…
52,3 Md€Ce que le budget général verse au compte « Pensions »Rien : c'est une part des 69,8
69,8 Md€Les pensions que le compte verse, financées par ces contributions et d'autres recettesRien
6,3 Md€Subventions du budget général à des régimes spéciauxAu 52,3, pour mesurer l'aide directe de l'État aux régimes de retraite

Pour situer l'ordre de grandeur, le COR chiffre à 49,3 milliards d'euros en 2025 la contribution de l'État employeur au régime des fonctionnaires de l'État, et à 7,7 milliards d'euros les subventions d'équilibre aux autres régimes spéciaux. Ce n'est pas la même définition que les montants du budget (le COR raisonne sur le système de retraite dans son ensemble), mais les ordres de grandeur concordent.

Ce qui change en 2027

Ce que ces montants ne disent pas

Sources

  1. Projet de loi de finances pour 2027, Assemblée nationale n° 3210 : exposé général des motifs (tableaux des dépenses de l'État et des soldes des comptes spéciaux), état B (mission « Régimes sociaux et de retraite »), état D (compte « Pensions ») et exposé des motifs de l'article sur les annexes budgétaires (taux de contribution employeur)
  2. Loi n° 2026-103 du 19 février 2026 de finances pour 2026, article 148 (état B) et tableau des recettes du compte d'affectation spéciale « Pensions »
  3. Conseil d'orientation des retraites, rapport annuel de juin 2026, tableau 2.2 (structure des ressources du système de retraite en 2025)