Le projet de loi de finances pour 2027 prévoit un taux de prélèvements obligatoires de 44,2 % du PIB, contre 43,9 % attendus en 2026 et 43,6 % constatés en 2025 (chiffre provisoire). En 2024, il était à 42,7 % (chiffre semi-définitif), le plus bas du tableau ci-dessous.
La question de ce repère : d'où vient cette hausse de 0,3 point, et que dit-elle de la politique fiscale ? Pour la définition du taux et ses limites, voir la fiche le taux de prélèvements obligatoires.
Le taux, année par année
| Année | Taux de prélèvements obligatoires, en % du PIB | Nature |
|---|---|---|
| 2017 | 45,3 | Constaté |
| 2018 | 44,9 | Constaté |
| 2019 | 44,0 | Constaté |
| 2020 | 44,3 | Constaté |
| 2021 | 44,2 | Constaté |
| 2022 | 45,0 | Constaté |
| 2023 | 43,2 | Constaté |
| 2024 | 42,7 | Constaté, semi-définitif |
| 2025 | 43,6 | Constaté, provisoire |
| 2026 | 43,9 | Prévision révisée du gouvernement |
| 2027 | 44,2 | Prévision du projet de loi de finances |
Sources : Insee, publication du 28 août 2026 (années constatées) ; projet de loi de finances pour 2027, article liminaire (2026 et 2027). Taux y compris prélèvements au profit de l'Union européenne.
Le taux de 2027 reste sous les sommets récents (45,3 % en 2017, 45,0 % en 2022). Il est aussi inférieur à celui que prévoyait la loi de programmation des finances publiques 2023-2027 pour la même année : 44,4 %.
De 43,9 % à 44,2 % : la décomposition
L'avis du Haut Conseil des finances publiques (HCFP) du 25 septembre 2026 donne le détail en euros. En 2027, les prélèvements obligatoires atteindraient 1 386,3 milliards d'euros (y compris ceux au profit de l'Union européenne), soit +3,6 % ou +48 milliards par rapport à 2026. Cette hausse a deux composantes :
| Composante | Montant | Croissance |
|---|---|---|
| Évolution spontanée (à législation constante) | environ +31 Md€ | +2,3 % |
| Mesures nouvelles (nettes) | +17,2 Md€ | |
| Total | environ +48 Md€ | +3,6 % |
Pour comparer avec la richesse produite, il faut regarder le PIB : en valeur, il augmenterait de 2,7 %. L'évolution spontanée des prélèvements (+2,3 %) est donc plus lente que celle du PIB : l'élasticité est de 0,8. Le gouvernement le reconnaît dans le projet de loi de finances (une « élasticité des prélèvements obligatoires encore infra unitaire »).
Conséquence : sans mesure nouvelle, le taux baisserait. Un calcul simple (Comptes Publics, à partir des chiffres du HCFP : 43,9 % × 1,023 / 1,027) donne environ 43,7 % en 2027 si les prélèvements évoluaient seulement de façon spontanée. Les mesures nouvelles, qui représentent environ 0,5 point de PIB, font passer le taux à 44,2 %. La hausse du taux tient donc aux mesures nouvelles : sans elles, il reculerait. Ce calcul est approximatif (arrondis, PIB de 2027 estimé à partir des chiffres de l'avis), mais l'ordre de grandeur est robuste.
Le même mécanisme joue en 2026 : l'élasticité y est de 0,7, ce qui s'explique, selon le HCFP, par une masse salariale qui croît moins vite que le PIB, alors qu'elle sert d'assiette à plus de la moitié des prélèvements obligatoires. Les mesures nouvelles de 2026 rapportent 14,0 milliards d'euros. Le taux de 2026 reste à 43,9 %, comme dans la loi de finances, alors que le montant des prélèvements est révisé à la baisse de 5,3 milliards d'euros par rapport à elle (1 338,5 milliards d'euros attendus).
Ce que contiennent les 17,2 milliards d'euros de mesures nouvelles
Selon le tableau du HCFP (« hors prélèvements au profit de l'Union européenne », en milliards d'euros) :
| Mesure | Rendement 2027 |
|---|---|
| Inclusion dans l'assiette des allègements généraux des compléments de salaire (participation, intéressement, prime de partage de la valeur) | 3,7 |
| Gel des allègements généraux de cotisations | 2,9 |
| Autres mesures sur les cotisations (accidents du travail et maladies professionnelles, avantage véhicules thermiques, avantages des salariés des industries électriques et gazières) | 2,1 |
| Hausse du taux de cotisation à la CNRACL | 1,8 |
| Plafonnement à 3 000 € de l'abattement pour frais professionnels des retraités | 1,4 |
| Prélèvement sur les actifs en déshérence | 1,4 |
| Fiscalisation des indemnités journalières (impôt sur le revenu et hausse de la CSG) | 1,4 |
| Hausse des taux des impôts locaux | 1,2 |
| Lutte contre la fraude (y compris facturation électronique) | 1,0 |
| Hausse de la taxe sur l'exploitation des infrastructures de longue distance | 0,8 |
| Prélèvements sur les indemnités de rupture (cotisations et impôt sur le revenu) | 0,8 |
| Autres mesures d'impôt sur le revenu (amortissements des locations meublées non professionnelles, fin de la purge de la plus-value du régime d'apport-cession) | 0,8 |
| TVA : suppression du taux réduit pour la télévision linéaire | 0,4 |
| Prélèvement de l'excédent de la caisse de retraite des industries électriques et gazières | −1,5 |
| Surtaxe d'impôt sur les sociétés des grandes entreprises et fret maritime | −1,6 |
| Autres | 0,6 |
| Total | 17,2 |
Source : HCFP, avis du 25 septembre 2026, tableau 7 (d'après la saisine du gouvernement et l'Insee). Les montants sont ceux que le gouvernement attend, pas des résultats constatés.
Deux lectures à ne pas confondre :
- Les cotisations sociales pèsent le plus. Les quatre premières lignes (compléments de salaire, gel des allègements, autres cotisations, CNRACL) totalisent 10,5 milliards d'euros sur 17,2. Le projet de loi de finances décrit l'ensemble de l'effort en recettes comme une « mise en cohérence de dépenses fiscales » et une lutte contre les « rentes ».
- Deux lignes sont négatives : le prélèvement sur l'excédent de la caisse de retraite des industries électriques et gazières (−1,5) et la surtaxe d'impôt sur les sociétés (−1,6). Elles réduisent le total ; le tableau n'en donne pas l'explication.
Ce que le HCFP dit des chiffres
- Pour l'évolution spontanée, le HCFP juge la prévision (+2,3 %) cohérente avec le scénario économique, avec un aléa à la baisse si la croissance est plus faible que prévu.
- Pour les mesures nouvelles, il note que leur montant cumulé est « conséquent pour la troisième année consécutive » et regrette de ne pas pouvoir en apprécier finement les chiffrages et les effets macroéconomiques, « compte tenu du peu de temps et de la documentation limitée dont il dispose ». L'incertitude sur leur rendement est jugée significative.
- Pour le calendrier, l'ensemble dépend de l'adoption des lois financières : sans elle, l'équilibre prévu ne pourrait être maintenu qu'en remplaçant les mesures par d'autres, de rendement équivalent.
Comment lire ce taux
- Ce n'est pas un taux d'imposition. Il décrit toute l'économie : il ne dit rien de qui paie, ni de combien. Un ménage et une entreprise n'en sentent pas la même chose.
- « Stabilité fiscale » et hausse du taux peuvent coexister. Le projet de loi de finances met en avant la stabilité fiscale ; le taux monte pourtant de 0,3 point. Les deux énoncés ne portent pas forcément sur la même chose : l'un sur le niveau des grands impôts, l'autre sur le rapport entre l'ensemble des prélèvements et le PIB. Seule la décomposition ci-dessus renseigne.
- Une prévision n'est pas un constat. Les 44,2 % seront remplacés par le chiffre de la loi de finances, puis par celui des comptes de l'Insee, d'abord provisoire en 2028, puis révisé.
- Ne pas confondre avec les recettes de l'État ni avec les prélèvements sur recettes. Voir la fiche.
Pour le contexte complet des prévisions de 2027, voir Budget 2027 : ce que le gouvernement prévoyait pour 2026, et ce qu'il prévoit maintenant.