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Prélèvements obligatoires : 44,2 % du PIB prévus en 2027. D'où vient la hausse ?

Le taux de prélèvements obligatoires passerait de 43,9 % à 44,2 % du PIB en 2027. Sans mesures nouvelles, il baisserait. Ce que contient la hausse de 17 milliards d'euros, mesure par mesure, d'après le HCFP.

10 octobre 2026 · 6 min de lecture · Alan Bouo

Le projet de loi de finances pour 2027 prévoit un taux de prélèvements obligatoires de 44,2 % du PIB, contre 43,9 % attendus en 2026 et 43,6 % constatés en 2025 (chiffre provisoire). En 2024, il était à 42,7 % (chiffre semi-définitif), le plus bas du tableau ci-dessous.

La question de ce repère : d'où vient cette hausse de 0,3 point, et que dit-elle de la politique fiscale ? Pour la définition du taux et ses limites, voir la fiche le taux de prélèvements obligatoires.

Le taux, année par année

AnnéeTaux de prélèvements obligatoires, en % du PIBNature
201745,3Constaté
201844,9Constaté
201944,0Constaté
202044,3Constaté
202144,2Constaté
202245,0Constaté
202343,2Constaté
202442,7Constaté, semi-définitif
202543,6Constaté, provisoire
202643,9Prévision révisée du gouvernement
202744,2Prévision du projet de loi de finances

Sources : Insee, publication du 28 août 2026 (années constatées) ; projet de loi de finances pour 2027, article liminaire (2026 et 2027). Taux y compris prélèvements au profit de l'Union européenne.

Le taux de 2027 reste sous les sommets récents (45,3 % en 2017, 45,0 % en 2022). Il est aussi inférieur à celui que prévoyait la loi de programmation des finances publiques 2023-2027 pour la même année : 44,4 %.

De 43,9 % à 44,2 % : la décomposition

L'avis du Haut Conseil des finances publiques (HCFP) du 25 septembre 2026 donne le détail en euros. En 2027, les prélèvements obligatoires atteindraient 1 386,3 milliards d'euros (y compris ceux au profit de l'Union européenne), soit +3,6 % ou +48 milliards par rapport à 2026. Cette hausse a deux composantes :

ComposanteMontantCroissance
Évolution spontanée (à législation constante)environ +31 Md€+2,3 %
Mesures nouvelles (nettes)+17,2 Md€
Totalenviron +48 Md€+3,6 %

Pour comparer avec la richesse produite, il faut regarder le PIB : en valeur, il augmenterait de 2,7 %. L'évolution spontanée des prélèvements (+2,3 %) est donc plus lente que celle du PIB : l'élasticité est de 0,8. Le gouvernement le reconnaît dans le projet de loi de finances (une « élasticité des prélèvements obligatoires encore infra unitaire »).

Conséquence : sans mesure nouvelle, le taux baisserait. Un calcul simple (Comptes Publics, à partir des chiffres du HCFP : 43,9 % × 1,023 / 1,027) donne environ 43,7 % en 2027 si les prélèvements évoluaient seulement de façon spontanée. Les mesures nouvelles, qui représentent environ 0,5 point de PIB, font passer le taux à 44,2 %. La hausse du taux tient donc aux mesures nouvelles : sans elles, il reculerait. Ce calcul est approximatif (arrondis, PIB de 2027 estimé à partir des chiffres de l'avis), mais l'ordre de grandeur est robuste.

Le même mécanisme joue en 2026 : l'élasticité y est de 0,7, ce qui s'explique, selon le HCFP, par une masse salariale qui croît moins vite que le PIB, alors qu'elle sert d'assiette à plus de la moitié des prélèvements obligatoires. Les mesures nouvelles de 2026 rapportent 14,0 milliards d'euros. Le taux de 2026 reste à 43,9 %, comme dans la loi de finances, alors que le montant des prélèvements est révisé à la baisse de 5,3 milliards d'euros par rapport à elle (1 338,5 milliards d'euros attendus).

Ce que contiennent les 17,2 milliards d'euros de mesures nouvelles

Selon le tableau du HCFP (« hors prélèvements au profit de l'Union européenne », en milliards d'euros) :

MesureRendement 2027
Inclusion dans l'assiette des allègements généraux des compléments de salaire (participation, intéressement, prime de partage de la valeur)3,7
Gel des allègements généraux de cotisations2,9
Autres mesures sur les cotisations (accidents du travail et maladies professionnelles, avantage véhicules thermiques, avantages des salariés des industries électriques et gazières)2,1
Hausse du taux de cotisation à la CNRACL1,8
Plafonnement à 3 000 € de l'abattement pour frais professionnels des retraités1,4
Prélèvement sur les actifs en déshérence1,4
Fiscalisation des indemnités journalières (impôt sur le revenu et hausse de la CSG)1,4
Hausse des taux des impôts locaux1,2
Lutte contre la fraude (y compris facturation électronique)1,0
Hausse de la taxe sur l'exploitation des infrastructures de longue distance0,8
Prélèvements sur les indemnités de rupture (cotisations et impôt sur le revenu)0,8
Autres mesures d'impôt sur le revenu (amortissements des locations meublées non professionnelles, fin de la purge de la plus-value du régime d'apport-cession)0,8
TVA : suppression du taux réduit pour la télévision linéaire0,4
Prélèvement de l'excédent de la caisse de retraite des industries électriques et gazières−1,5
Surtaxe d'impôt sur les sociétés des grandes entreprises et fret maritime−1,6
Autres0,6
Total17,2

Source : HCFP, avis du 25 septembre 2026, tableau 7 (d'après la saisine du gouvernement et l'Insee). Les montants sont ceux que le gouvernement attend, pas des résultats constatés.

Deux lectures à ne pas confondre :

Ce que le HCFP dit des chiffres

Comment lire ce taux

  1. Ce n'est pas un taux d'imposition. Il décrit toute l'économie : il ne dit rien de qui paie, ni de combien. Un ménage et une entreprise n'en sentent pas la même chose.
  2. « Stabilité fiscale » et hausse du taux peuvent coexister. Le projet de loi de finances met en avant la stabilité fiscale ; le taux monte pourtant de 0,3 point. Les deux énoncés ne portent pas forcément sur la même chose : l'un sur le niveau des grands impôts, l'autre sur le rapport entre l'ensemble des prélèvements et le PIB. Seule la décomposition ci-dessus renseigne.
  3. Une prévision n'est pas un constat. Les 44,2 % seront remplacés par le chiffre de la loi de finances, puis par celui des comptes de l'Insee, d'abord provisoire en 2028, puis révisé.
  4. Ne pas confondre avec les recettes de l'État ni avec les prélèvements sur recettes. Voir la fiche.

Pour le contexte complet des prévisions de 2027, voir Budget 2027 : ce que le gouvernement prévoyait pour 2026, et ce qu'il prévoit maintenant.

Sources

  1. Projet de loi de finances pour 2027, Assemblée nationale n° 3210, article liminaire (taux de prélèvements obligatoires, y.c UE, nets des CI)
  2. Haut Conseil des finances publiques, avis n° HCFP-2026-5 du 25 septembre 2026, paragraphes 58 à 71 et tableaux 6 et 7
  3. Insee, taux de prélèvements obligatoires rapportés au produit intérieur brut (comptes nationaux annuels, séries longues)