À la fin du deuxième trimestre 2026, les non-résidents détenaient 59,7 % des titres de dette négociable de l'État (OAT et bons du Trésor), en valeur de marché. Fin 2021, ils n'en détenaient que 47,5 %. Dans le même temps, la part de la Banque de France dans les OAT est passée de 30,2 % (sommet du troisième trimestre 2022) à 18,2 %.
La question de ce repère : qui prête à l'État, et qu'est-ce qui a changé depuis que la Banque centrale n'achète plus ?
Les chiffres
| Fin de trimestre | Non-résidents, part de tous les titres (%) | Non-résidents, part des OAT (%) | Banque de France, part des OAT (%) | Banques résidentes, part des OAT (%) | Assurances et fonds de pension, part des OAT (%) |
|---|---|---|---|---|---|
| Début 2008 | 59,7 | 54,1 | 0,9 | 13,8 | 24,3 |
| Sommet des non-résidents, 2010 (T2) | 70,6 | 61,8 | 1,2 | 13,8 | 19,2 |
| Point bas des non-résidents, fin 2021 | 47,5 | 45,8 | 29,2 | 6,1 | 17,0 |
| Sommet de la Banque de France, 2022 (T3) | 49,6 | 47,5 | 30,2 | 6,6 | 13,8 |
| Dernier trimestre publié, 2026 (T2) | 59,7 | 57,8 | 18,2 | 10,7 | 10,8 |
Source : Banque de France, Webstat, publication du 23 septembre 2026. Valeur de marché, titres émis par l'État central.
Trois mouvements se lisent dans ce tableau.
Les non-résidents ont oscillé entre 47 % et 71 %. Leur part de l'ensemble des titres a culminé à 70,6 % en 2010, puis baissé jusqu'à 47,5 % fin 2021. Elle est remontée de plus de 12 points depuis : leur montant détenu est passé de 1 170,7 à 1 586,8 milliards d'euros.
La Banque de France a pris, puis rendu, une place considérable. Elle détenait 0,9 % des OAT début 2008, 30,2 % au sommet, 18,2 % aujourd'hui.
Les détenteurs résidents « traditionnels » pèsent moins. La part des assurances et fonds de pension dans les OAT est passée de 24,3 % début 2008 à 10,8 %. Celle des banques résidentes reste autour de 11 % après un creux à 6,1 % fin 2021.
Ce qui s'est passé : une hypothèse cohérente, pas une preuve
La hausse de la part de la Banque de France jusqu'en 2022 s'accorde avec les achats de titres publics de l'Eurosystème, la banque centrale achetant de la dette dans le cadre de sa politique monétaire. Sa baisse depuis s'accorde avec l'arrêt de ces achats : l'Eurosystème ne réinvestit plus, depuis juillet 2023, les remboursements au titre du principal de son programme d'achats d'actifs (APP), et a interrompu fin 2024 les réinvestissements du programme d'urgence face à la pandémie (PEPP). Les titres qui arrivent à échéance sortent alors de son bilan, et l'État doit trouver d'autres preneurs pour les refinancer.
Les chiffres vont dans ce sens : depuis fin 2021, la part des non-résidents dans les OAT est passée de 45,8 % à 57,8 %, pendant que celle de la Banque de France reculait. Mais la série ne dit pas pourquoi les non-résidents ont acheté, ni qui ils sont (fonds, banques, banques centrales étrangères, assureurs). Rapprocher deux mouvements simultanés n'en fait pas une cause.
Ce que ces chiffres ne disent pas
- Une part élevée de non-résidents n'est pas une fragilité mesurée. Elle dit où la dette est placée, pas la solidité de ces détenteurs. Un détenteur non résident peut être un assureur européen aussi bien qu'un fonds spéculatif.
- « Non-résident » n'est pas « étranger ». C'est un critère de domicile : une filiale étrangère d'un groupe français est non résidente.
- Ce n'est pas toute la dette publique. Les montants portent sur les titres négociables de l'État. La dette de la Sécurité sociale, des collectivités, et celle de l'État qui n'est pas sous forme de titres négociables, n'y sont pas. Voir la dette publique de la France.
- La valeur de marché n'est pas la valeur nominale. Les 2 440,9 milliards d'euros d'OAT de ce jeu sont des valeurs de marché. Ils ne se comparent pas à la dette de la série sur la dette publique, qui est nominale.
- Les chiffres sont révisés. La Banque de France republie l'historique à chaque mise à jour. Un chiffre cité dans un document plus ancien peut différer de quelques dixièmes de point : chaque publication est conservée dans la série comme un millésime, et les chiffres de cet article sont ceux du 23 septembre 2026.
Pourquoi cela compte pour les finances publiques
Le taux auquel l'État emprunte dépend de ce que les acheteurs exigent. En principe, quand un acheteur important se retire, les autres doivent absorber les titres et peuvent poser leurs conditions. Le taux de l'OAT à 10 ans, que le site suit mois par mois et jour par jour, est le prix de cet équilibre. Dans son avis du 25 septembre 2026, le Haut Conseil des finances publiques relève que le taux à 10 ans de la France a dépassé 4 % en août et atteint 4,7 % le 24 septembre : cet article ne dit pas que ces deux faits sont liés, et la série de détention ne permet pas de le montrer.
Pour comprendre comment les taux se transforment en charge, voir la charge de la dette : pourquoi les chiffres diffèrent, et pour la comparaison avec le taux allemand, l'écart de taux avec l'Allemagne.