Comptes Publics

L'argent public, en clair.

Comptes · Repère

Qui détient la dette de l'État ? La Banque de France se retire, les non-résidents reviennent

Les non-résidents détiennent 59,7 % des titres de dette de l'État au deuxième trimestre 2026, contre 47,5 % fin 2021. La part de la Banque de France dans les OAT est passée de 30,2 % à 18,2 %. Ce que disent les chiffres, et ce qu'ils ne disent pas.

10 octobre 2026 · 5 min de lecture · Alan Bouo

À la fin du deuxième trimestre 2026, les non-résidents détenaient 59,7 % des titres de dette négociable de l'État (OAT et bons du Trésor), en valeur de marché. Fin 2021, ils n'en détenaient que 47,5 %. Dans le même temps, la part de la Banque de France dans les OAT est passée de 30,2 % (sommet du troisième trimestre 2022) à 18,2 %.

La question de ce repère : qui prête à l'État, et qu'est-ce qui a changé depuis que la Banque centrale n'achète plus ?

Les chiffres

Fin de trimestreNon-résidents, part de tous les titres (%)Non-résidents, part des OAT (%)Banque de France, part des OAT (%)Banques résidentes, part des OAT (%)Assurances et fonds de pension, part des OAT (%)
Début 200859,754,10,913,824,3
Sommet des non-résidents, 2010 (T2)70,661,81,213,819,2
Point bas des non-résidents, fin 202147,545,829,26,117,0
Sommet de la Banque de France, 2022 (T3)49,647,530,26,613,8
Dernier trimestre publié, 2026 (T2)59,757,818,210,710,8

Source : Banque de France, Webstat, publication du 23 septembre 2026. Valeur de marché, titres émis par l'État central.

Trois mouvements se lisent dans ce tableau.

Les non-résidents ont oscillé entre 47 % et 71 %. Leur part de l'ensemble des titres a culminé à 70,6 % en 2010, puis baissé jusqu'à 47,5 % fin 2021. Elle est remontée de plus de 12 points depuis : leur montant détenu est passé de 1 170,7 à 1 586,8 milliards d'euros.

La Banque de France a pris, puis rendu, une place considérable. Elle détenait 0,9 % des OAT début 2008, 30,2 % au sommet, 18,2 % aujourd'hui.

Les détenteurs résidents « traditionnels » pèsent moins. La part des assurances et fonds de pension dans les OAT est passée de 24,3 % début 2008 à 10,8 %. Celle des banques résidentes reste autour de 11 % après un creux à 6,1 % fin 2021.

Ce qui s'est passé : une hypothèse cohérente, pas une preuve

La hausse de la part de la Banque de France jusqu'en 2022 s'accorde avec les achats de titres publics de l'Eurosystème, la banque centrale achetant de la dette dans le cadre de sa politique monétaire. Sa baisse depuis s'accorde avec l'arrêt de ces achats : l'Eurosystème ne réinvestit plus, depuis juillet 2023, les remboursements au titre du principal de son programme d'achats d'actifs (APP), et a interrompu fin 2024 les réinvestissements du programme d'urgence face à la pandémie (PEPP). Les titres qui arrivent à échéance sortent alors de son bilan, et l'État doit trouver d'autres preneurs pour les refinancer.

Les chiffres vont dans ce sens : depuis fin 2021, la part des non-résidents dans les OAT est passée de 45,8 % à 57,8 %, pendant que celle de la Banque de France reculait. Mais la série ne dit pas pourquoi les non-résidents ont acheté, ni qui ils sont (fonds, banques, banques centrales étrangères, assureurs). Rapprocher deux mouvements simultanés n'en fait pas une cause.

Ce que ces chiffres ne disent pas

Pourquoi cela compte pour les finances publiques

Le taux auquel l'État emprunte dépend de ce que les acheteurs exigent. En principe, quand un acheteur important se retire, les autres doivent absorber les titres et peuvent poser leurs conditions. Le taux de l'OAT à 10 ans, que le site suit mois par mois et jour par jour, est le prix de cet équilibre. Dans son avis du 25 septembre 2026, le Haut Conseil des finances publiques relève que le taux à 10 ans de la France a dépassé 4 % en août et atteint 4,7 % le 24 septembre : cet article ne dit pas que ces deux faits sont liés, et la série de détention ne permet pas de le montrer.

Pour comprendre comment les taux se transforment en charge, voir la charge de la dette : pourquoi les chiffres diffèrent, et pour la comparaison avec le taux allemand, l'écart de taux avec l'Allemagne.

Sources

  1. Banque de France, Webstat, jeu DET2 « Détention par les résidents et les non-résidents », titres émis par l'État (publication du 23 septembre 2026)
  2. Banque centrale européenne, décisions de politique monétaire du 4 mai 2023 (fin des réinvestissements de l'APP à compter de juillet 2023)
  3. Banque centrale européenne, états financiers 2024 (réinvestissements de l'APP interrompus depuis juillet 2023, ceux du PEPP fin 2024)
  4. Haut Conseil des finances publiques, avis n° HCFP-2026-5 du 25 septembre 2026, paragraphe 116 (taux à 10 ans de la France)