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Taxer les plus aisés : ce que rapportent déjà l'IFI, la contribution sur les très hauts revenus et la taxe sur les holdings

Impôt sur la fortune immobilière, contribution différentielle sur les hauts revenus, taxe sur les holdings patrimoniales, surtaxe des grandes entreprises : les recettes inscrites au projet de budget 2027, et ce que prévoient exactement les textes.

18 octobre 2026 · 4 min de lecture · Alan Bouo

« Faire payer les plus riches » sera un thème de la campagne, comme il l'a été pendant les débats budgétaires de l'automne 2025. Avant de juger une proposition, il faut savoir ce qui existe déjà et ce que cela rapporte. La question de ce repère : quels impôts visent spécifiquement les patrimoines et les revenus les plus élevés, et combien rapportent-ils à l'État ?

Les recettes inscrites au budget

Ligne de l'état A, Md€LFI 2026PLF 2027
Impôt sur la fortune immobilière (IFI)3,13,1
Contribution différentielle applicable à certains contribuables titulaires de très hauts revenus0,70,6
Taxe sur le patrimoine financier (taxe sur les holdings patrimoniales)0,00,1
Contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises7,35,2

Sources : loi de finances pour 2026 et projet de loi de finances pour 2027, état A (recettes de l'État).

Pour comparer : l'impôt sur le revenu rapporterait 102,5 milliards d'euros à l'État en 2027, et l'ensemble des recettes fiscales nettes 375,7 milliards, selon le projet de loi de finances. Les trois impôts visant les ménages les plus aisés (IFI, contribution différentielle, taxe sur les holdings) représentent ensemble environ 3,8 milliards d'euros, soit 1 % des recettes fiscales nettes de l'État (calcul Comptes Publics).

L'impôt sur la fortune immobilière

L'IFI a remplacé l'impôt de solidarité sur la fortune en 2018. Il ne porte que sur le patrimoine immobilier (y compris détenu indirectement), pas sur les actions, obligations ou liquidités. Son rendement est stable autour de 3 milliards d'euros par an dans les documents budgétaires de 2026 et 2027.

La contribution différentielle sur les hauts revenus

Créée par la loi de finances pour 2025, elle garantit aux plus hauts revenus un taux minimal d'imposition de 20 %. Selon la direction générale des finances publiques, elle concerne les foyers dont le revenu fiscal de référence dépasse 250 000 euros pour une personne seule, 500 000 euros pour un couple : si leur impôt sur le revenu et la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus représentent moins de 20 % de leur revenu, ils paient la différence.

La loi de finances pour 2026 (article 2) l'a prolongée et durcie (acompte de décembre, règles pour les départs à l'étranger). Elle s'applique désormais jusqu'à l'imposition des revenus de l'année pour laquelle la loi de règlement constatera un déficit du budget général inférieur à 3 % du PIB. Autrement dit, elle est liée au retour à l'équilibre, et pourrait durer plusieurs années.

Son rendement, 0,65 milliard d'euros prévu en 2026 et 0,6 en 2027, est faible au regard de l'impôt sur le revenu : la contribution ne touche que les foyers très aisés dont le taux d'imposition effectif est inférieur à 20 %.

La taxe sur les holdings patrimoniales

Créée par l'article 7 de la loi de finances pour 2026 (article 235 ter C du code général des impôts), elle vise les sociétés qui servent à détenir un patrimoine personnel plutôt qu'à exercer une activité. Une société est concernée si, à la clôture de l'exercice :

La taxe, au taux de 20 %, porte sur la valeur de certains actifs non professionnels détenus par la société : yachts, avions, véhicules de tourisme non professionnels, bijoux et métaux précieux, chevaux de course, vins et alcools, biens de chasse et de pêche, logements occupés gratuitement par le détenteur. Elle ne vise donc pas les portefeuilles financiers des holdings, d'où un rendement attendu de 0,1 milliard d'euros en 2027.

La surtaxe des grandes entreprises

La contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises, créée par la loi de finances pour 2025 pour deux ans, serait prolongée d'une troisième année par l'article 15 du projet pour 2027, avec un champ resserré : les entreprises d'au moins 1 milliard d'euros de chiffre d'affaires la première année, 1,5 milliard ensuite. L'exposé général des motifs chiffre la prolongation à 5,0 milliards d'euros, en baisse de 2,0 milliards par rapport à 2026 (l'état A inscrit 5,2 milliards sur la ligne correspondante). Ce n'est pas un impôt sur les ménages : ses effets sur les actionnaires, les salariés ou les clients dépendent de la façon dont les entreprises le répercutent.

Ce que ces chiffres ne disent pas

Sources

  1. Projet de loi de finances pour 2027, Assemblée nationale n° 3210 : état A (voies et moyens), article 15 et exposé général des motifs
  2. Loi n° 2026-103 du 19 février 2026 de finances pour 2026, article 2 (contribution différentielle sur les hauts revenus) et article 7 (taxe sur les actifs non affectés à une activité opérationnelle des sociétés holdings patrimoniales)
  3. Direction générale des finances publiques, « Contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR) »