« Faire payer les plus riches » sera un thème de la campagne, comme il l'a été pendant les débats budgétaires de l'automne 2025. Avant de juger une proposition, il faut savoir ce qui existe déjà et ce que cela rapporte. La question de ce repère : quels impôts visent spécifiquement les patrimoines et les revenus les plus élevés, et combien rapportent-ils à l'État ?
Les recettes inscrites au budget
| Ligne de l'état A, Md€ | LFI 2026 | PLF 2027 |
|---|---|---|
| Impôt sur la fortune immobilière (IFI) | 3,1 | 3,1 |
| Contribution différentielle applicable à certains contribuables titulaires de très hauts revenus | 0,7 | 0,6 |
| Taxe sur le patrimoine financier (taxe sur les holdings patrimoniales) | 0,0 | 0,1 |
| Contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises | 7,3 | 5,2 |
Sources : loi de finances pour 2026 et projet de loi de finances pour 2027, état A (recettes de l'État).
Pour comparer : l'impôt sur le revenu rapporterait 102,5 milliards d'euros à l'État en 2027, et l'ensemble des recettes fiscales nettes 375,7 milliards, selon le projet de loi de finances. Les trois impôts visant les ménages les plus aisés (IFI, contribution différentielle, taxe sur les holdings) représentent ensemble environ 3,8 milliards d'euros, soit 1 % des recettes fiscales nettes de l'État (calcul Comptes Publics).
L'impôt sur la fortune immobilière
L'IFI a remplacé l'impôt de solidarité sur la fortune en 2018. Il ne porte que sur le patrimoine immobilier (y compris détenu indirectement), pas sur les actions, obligations ou liquidités. Son rendement est stable autour de 3 milliards d'euros par an dans les documents budgétaires de 2026 et 2027.
La contribution différentielle sur les hauts revenus
Créée par la loi de finances pour 2025, elle garantit aux plus hauts revenus un taux minimal d'imposition de 20 %. Selon la direction générale des finances publiques, elle concerne les foyers dont le revenu fiscal de référence dépasse 250 000 euros pour une personne seule, 500 000 euros pour un couple : si leur impôt sur le revenu et la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus représentent moins de 20 % de leur revenu, ils paient la différence.
La loi de finances pour 2026 (article 2) l'a prolongée et durcie (acompte de décembre, règles pour les départs à l'étranger). Elle s'applique désormais jusqu'à l'imposition des revenus de l'année pour laquelle la loi de règlement constatera un déficit du budget général inférieur à 3 % du PIB. Autrement dit, elle est liée au retour à l'équilibre, et pourrait durer plusieurs années.
Son rendement, 0,65 milliard d'euros prévu en 2026 et 0,6 en 2027, est faible au regard de l'impôt sur le revenu : la contribution ne touche que les foyers très aisés dont le taux d'imposition effectif est inférieur à 20 %.
La taxe sur les holdings patrimoniales
Créée par l'article 7 de la loi de finances pour 2026 (article 235 ter C du code général des impôts), elle vise les sociétés qui servent à détenir un patrimoine personnel plutôt qu'à exercer une activité. Une société est concernée si, à la clôture de l'exercice :
- ses actifs valent au moins 5 millions d'euros ;
- une personne physique (avec sa famille) en détient au moins 50 % ou la contrôle ;
- plus de la moitié de ses produits sont des revenus passifs.
La taxe, au taux de 20 %, porte sur la valeur de certains actifs non professionnels détenus par la société : yachts, avions, véhicules de tourisme non professionnels, bijoux et métaux précieux, chevaux de course, vins et alcools, biens de chasse et de pêche, logements occupés gratuitement par le détenteur. Elle ne vise donc pas les portefeuilles financiers des holdings, d'où un rendement attendu de 0,1 milliard d'euros en 2027.
La surtaxe des grandes entreprises
La contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises, créée par la loi de finances pour 2025 pour deux ans, serait prolongée d'une troisième année par l'article 15 du projet pour 2027, avec un champ resserré : les entreprises d'au moins 1 milliard d'euros de chiffre d'affaires la première année, 1,5 milliard ensuite. L'exposé général des motifs chiffre la prolongation à 5,0 milliards d'euros, en baisse de 2,0 milliards par rapport à 2026 (l'état A inscrit 5,2 milliards sur la ligne correspondante). Ce n'est pas un impôt sur les ménages : ses effets sur les actionnaires, les salariés ou les clients dépendent de la façon dont les entreprises le répercutent.
Ce que ces chiffres ne disent pas
- Ce n'est pas toute l'imposition des plus aisés. Les ménages les plus riches paient aussi l'impôt sur le revenu, la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus, les prélèvements sociaux sur les revenus du capital et les droits de succession. Ces recettes ne sont pas isolées par catégorie de revenus dans l'état A.
- Le rendement d'un nouvel impôt n'est pas son assiette multipliée par un taux. Exils fiscaux, optimisation et contentieux réduisent les recettes. La taxe sur les holdings en est un exemple : le texte voté ne vise que des actifs précis, ce qui limite son rendement.
- Ce sont des prévisions. Les rendements de 2027 sont ceux du projet de loi de finances, avant le vote. Ceux de la contribution différentielle et de la taxe sur les holdings, récentes, sont particulièrement incertains.