Les retraites · Retraites
Le taux de remplacement : combien de son dernier salaire touche-t-on à la retraite ?
76,9 % du dernier salaire net pour un non-cadre né en 1940, 68,7 % pour celui né en 2000 : ce que mesure le taux de remplacement, pourquoi il baisse d'une génération à l'autre, et pourquoi l'âge de départ le fait varier de plus de dix points.
Le taux de remplacement répond à une question concrète : quand on passe de l'emploi à la retraite, quelle part de son dernier salaire retrouve-t-on dans sa première pension ? C'est l'un des indicateurs suivis par le Comité de suivi des retraites. Il en existe plusieurs versions, qui ne mesurent pas la même chose.
Une mesure, plusieurs définitions
- Le taux d'un cas type. Le COR fait simuler à la DREES (modèle Trajectoire) la carrière d'un salarié imaginaire. Le taux est le rapport entre la pension à la liquidation, nette de prélèvements, et la moyenne des douze derniers salaires, nets de cotisations. Le salarié part au taux plein, sans décote ni surcote. Chaque génération a son taux.
- Le taux médian observé. La DREES le calcule sur des retraités réels, anciens salariés à carrière complète : la pension nette perçue en 2016 rapportée à la moyenne de leurs derniers salaires nets avant la liquidation (cinq ans au plus). La moitié des retraités d'une génération est au-dessus de ce taux.
- Le taux au Smic. Pour une carrière entière au Smic, le COR rapporte la pension brute au salaire net : ce n'est pas la même base que les autres, et il n'est pas comparable.
Ces taux sont disponibles dans la série Taux de remplacement par génération. La « période » de la série est l'année de naissance de la génération.
Ce que disent les chiffres
| Génération | 1940 | 1950 | 1964 | 1980 | 2000 |
|---|---|---|---|---|---|
| Non-cadre du privé (cas type n° 2) | 76,9 % | 72,6 % | 74,7 % | 70,0 % | 68,7 % |
| Cadre du privé (cas type n° 1) | 54,5 % | 51,2 % | 51,9 % | 48,5 % | 46,5 % |
| Fonctionnaire de catégorie B (cas type n° 5) | 63,9 % | 62,7 % | 61,4 % | 56,1 % | 55,9 % |
| Taux médian observé (DREES, tous secteurs) | 78,1 % | 74,7 % |
Source : COR, rapport annuel de juin 2026, scénario de référence ; DREES pour le taux médian. Les cas types sont des simulations pour toutes les générations ; ceux de la génération 1964 et des suivantes, qui liquident en 2026 ou après, sont des projections. Le taux médian n'est disponible que jusqu'à la génération 1950. En % du dernier salaire net (cas types) ou du salaire de fin de carrière (médian).
Trois constats :
- Le taux baisse d'une génération à l'autre, pour les trois cas types, et le taux médian observé baisse aussi : de 79,2 % pour la génération 1938 à 74,7 % pour celle de 1950.
- Plus le salaire est élevé, plus le taux est faible. Le COR l'écrit : les taux de remplacement sont d'autant plus faibles que les rémunérations sont élevées. Le cas type de cadre est loin sous celui du non-cadre.
- La baisse s'atténue pour les générations les plus récentes. Pour le non-cadre, le taux passe de 74,7 % (génération 1964) à 68,7 % (génération 2000).
Pourquoi il baisse
Le COR donne des raisons différentes selon les situations :
- Le taux médian observé baisse d'environ 5 points entre les générations 1938 et 1948 parce que les pensions évoluent moins vite que les salaires de fin de carrière. Pour les anciens salariés du secteur privé, le COR cite l'indexation des salaires reportés au compte au régime général et la baisse du rendement de l'Agirc-Arrco.
- Le fonctionnaire de catégorie B subit surtout l'effet des primes, largement exclues du calcul de la pension du régime intégré de la fonction publique : plus la part des primes dans la rémunération augmente, plus le taux baisse. Il remonte pour les générations nées au début des années 1960 avec le protocole « parcours professionnels, carrières, rémunérations » (PPCR), qui transforme une partie des primes en traitement indiciaire, puis il se stabilise autour de 56 %. Le COR note que sa baisse est « beaucoup plus rapide et prononcée » que celle du non-cadre du privé.
- Le non-cadre du privé a un taux qui baisse puis se stabilise une fois l'indexation sur les prix pleinement montée en charge à la Cnav, la baisse se poursuivant plus lentement à cause du rendement de l'Agirc-Arrco.
L'âge de départ change tout
Le taux d'un cas type dépend de l'âge auquel il part. Pour la génération qui atteint l'âge légal en 2026 (la génération 1964, avec l'âge d'ouverture des droits à 62 ans et 9 mois), le COR publie le taux à trois âges :
| Cas type (génération 1964) | À l'âge d'ouverture des droits (62 ans et 9 mois) | À l'âge du taux plein | À 67 ans (annulation de la décote) |
|---|---|---|---|
| Cadre du privé (n° 1) | 51,9 % | 51,9 % (62 ans et 9 mois) | 58,6 % |
| Non-cadre du privé (n° 2) | 75,2 % | 74,7 % (62 ans, départ anticipé pour carrière longue) | 86,8 % |
| Fonctionnaire de catégorie B (n° 5) | 58,3 % | 61,4 % (63 ans et 3 mois) | 71,4 % |
Source : COR, rapport annuel de juin 2026, tableau 3.3 (hors coefficient de solidarité de l'Agirc-Arrco, scénario de productivité de 0,7 %). Le COR indique que, pour tous les cas types, reporter le départ après l'âge d'ouverture des droits augmente le taux de remplacement.
Pour le fonctionnaire de catégorie B, partir à 67 ans plutôt qu'à l'âge d'ouverture des droits fait passer le taux de 58,3 % à 71,4 %, soit 13 points de plus. On ne peut donc pas comparer un taux de remplacement sans connaître l'âge de départ qu'il suppose.
Un seuil fixé par décret
Le décret n° 2014-654 du 20 juin 2014, cité par le rapport du COR, définit l'indicateur de suivi du Comité de suivi des retraites : le taux de remplacement net à la liquidation du cas type de non-cadre du privé. Le seuil est de 66,6 %, sur les dix générations qui suivent la génération 1963. Selon le COR de juin 2026, le taux de ce cas type reste au-dessus de ce seuil, y compris pour les générations nées jusqu'en 2000. Les générations 1964 à 1973 sont à plus de 66,6 % dans la série.
Et au Smic ?
Pour une carrière entière au Smic, le COR trouve un taux de remplacement brut de 89,3 % pour la génération 1964 et de 84,3 % pour la génération 2000. Ce taux rapporte la pension brute au salaire net et ne tient pas compte de la prime d'activité qui complète le revenu des salariés au Smic. Le COR explique que les générations concernées bénéficient du minimum contributif (relevé par la loi du 14 avril 2023) ; la génération 1963 est la première à en profiter.
Ce que le taux de remplacement ne dit pas
- Ce n'est pas le niveau de vie. Il compare une pension à un salaire, pas les revenus d'un ménage : les autres revenus, la composition du ménage et le patrimoine n'y figurent pas. Voir le niveau de vie des retraités.
- Ce n'est pas la pension moyenne. Le taux dépend du dernier salaire, pas de la carrière entière. Une carrière interrompue (chômage, temps partiel) donne un taux différent : le cas type n° 3, un non-cadre avec une période de chômage, est à 66,7 % à l'âge d'ouverture des droits selon le tableau 3.3.
- Ce sont des simulations. Les cas types suivent un salarié imaginaire dans le scénario de référence du COR (productivité de 0,7 % par an, chômage de 7,0 % à partir de 2040). Le taux d'une génération qui n'a pas encore liquidé dépend de ces hypothèses.
- Le taux médian et les cas types ne se comparent pas directement. Le premier est mesuré sur des retraités réels à carrière complète, le second est calculé pour un profil de départ au taux plein.
Ce que cette page ne tranche pas
Si une baisse du taux de remplacement est acceptable ou non est un jugement qui dépend de ce qu'on compare : au salaire, au niveau de vie des actifs, au coût pour les actifs d'aujourd'hui. Cette fiche ne le tranche pas. Elle ne traite pas non plus du minimum contributif, des carrières incomplètes ni de la réversion.