Le projet de loi de finances pour 2027 prévoit une dépense publique de 1 782 milliards d'euros, contre 1 742 attendus en 2026 et 1 694 constatés en 2025. Cela fait +41 milliards en 2027 (+2,3 %), après +48 milliards en 2026 (+2,8 %). Il s'agit de la dépense de l'ensemble des administrations publiques, hors crédits d'impôt : pour la différence avec le chiffre de l'Insee (1 714 milliards en 2025), voir la fiche la dépense publique : pourquoi les montants diffèrent.
La question de ce repère : où vont ces 41 milliards, et que peut-on dire de la crédibilité de la trajectoire ? Les chiffres viennent de l'avis du Haut Conseil des finances publiques (HCFP) du 25 septembre 2026, qui reprend ceux du gouvernement.
Où va la hausse
| En Md€ | 2025 | 2026 | 2027 | Hausse 2026-2027 | Part de la hausse |
|---|---|---|---|---|---|
| Charge d'intérêts des administrations publiques | 66 | 79 | 91 | +12 | 30 % |
| Retraites (champ social) | 346 | 354 | 363 | +9 | 22 % |
| Loi de programmation militaire | 51 | 57 | 63 | +7 | 16 % |
| Santé (objectif national de dépenses d'assurance maladie, Ondam) | 265 | 273 | 279 | +5 | 13 % |
| Prélèvement sur recettes au profit de l'Union européenne | 23 | 28 | 31 | +3 | 7 % |
| Autres dépenses finales des administrations centrales (hors intérêts, défense, prélèvement pour l'Union) | 455 | 459 | 464 | +5 | 12 % |
| Dépenses des collectivités territoriales | 304 | 305 | 306 | +1 | 2 % |
| Autres | 183 | 186 | 185 | −1 | −3 % |
| Total, hors crédits d'impôt | 1 694 | 1 742 | 1 782 | +41 | 100 % |
Source : HCFP, avis du 25 septembre 2026, tableau 10 (saisine du gouvernement, Insee, retraitements du HCFP). Les montants sont arrondis au milliard près, d'où de petits écarts de somme. Le HCFP précise que ce tableau mêle comptabilité nationale et comptabilité budgétaire, et qu'il n'a qu'un but de compréhension schématique.
Trois postes expliquent 68 % de la hausse : la charge de la dette (30 %), les retraites (22 %) et la défense (16 %). Avec la santé, on arrive à 81 %. Le texte de l'avis précise que, en comptabilité budgétaire, la dépense de l'État augmente « uniquement » à cause de la charge d'intérêts (+10,3 milliards), des dépenses militaires (+6,5 milliards) et de la contribution au budget de l'Union européenne (+2,8 milliards), les dépenses des ministères hors défense étant maintenues en valeur.
Pour la ventilation par mission du seul budget de l'État, voir Budget 2027 : où vont les 21 milliards de crédits en plus.
La dépense ralentit, mais reste plus rapide que l'inflation
- En valeur, +2,3 % en 2027, après +2,8 % en 2026.
- En volume, +0,6 % en 2027 (déflateur du PIB), contre une croissance du PIB de 1,0 % et une croissance potentielle estimée à 1,2 %. Le poids de la dépense dans le PIB reculerait de 57,1 % à 56,9 %, pour la première fois depuis 2023.
- Par sous-secteur, les dépenses des administrations centrales (État et organismes divers d'administration centrale) augmenteraient de 3,7 %, celles de la sécurité sociale de 2,1 %, celles des collectivités de 0,2 %.
- Hors charge de la dette, la dépense « primaire » progresserait de 1,7 % en valeur et serait stable en volume. La dette absorbe donc l'essentiel de la hausse que la dépense primaire ne parvient qu'à contenir en partie.
Les économies sur lesquelles repose la trajectoire
Le HCFP relève que le gouvernement propose de « nombreuses mesures », partiellement documentées dans la saisine. Les principales, avec les montants cités dans l'avis :
| Mesure | Montant attendu |
|---|---|
| Gel différencié par seuils des pensions de retraite de base (hors effet de retour sur l'impôt sur le revenu) | 3,0 Md€ |
| Économies sur la santé : prix et volume des produits de santé | 2,0 Md€ |
| Économies sur les indemnités journalières des arrêts maladie | 1,0 Md€ |
| Efficience des établissements de santé | 0,9 Md€ |
| Transferts de prise en charge vers les complémentaires santé | 0,7 Md€ |
| Baisse du plafond des taxes affectées à France Compétences | 1,1 Md€ |
| Gel des prestations familiales | 0,5 Md€ |
| Économie « encore indéterminée » sur l'allocation de rentrée scolaire | 0,6 Md€ |
| Gel et recentrage des aides personnalisées au logement | 0,6 Md€ |
| Sous-indexation partielle des pensions du régime des fonctionnaires de l'État | 1,3 Md€ |
D'autres mesures sont citées sans montant isolé dans l'avis : le gel du point d'indice dans la fonction publique, des dispositifs limitant la hausse des recettes de fonctionnement des collectivités, une sous-indexation des retraites complémentaires dont le gain « repose in fine sur le résultat des négociations entre partenaires sociaux ». L'objectif d'évolution de l'Ondam est fixé à +2,0 % en 2027 pour une évolution spontanée de 3,5 à 3,6 %.
Ce qu'en dit le HCFP
- La prévision est atteignable, sous condition : « si l'ensemble de ces mesures est effectivement mis en œuvre ». Elle est subordonnée à l'adoption des lois financières et de textes réglementaires : sans eux, l'équilibre ne tiendrait qu'en remplaçant les mesures par d'autres, de rendement équivalent.
- Les économies ne contrebalancent pas les tendances. Le HCFP écrit que les économies proposées sont « à ce stade insuffisantes pour contrebalancer entièrement » l'effet des choix passés sur les dépenses militaires, la contribution de la France au budget de l'Union européenne et l'évolution tendancielle de la dépense sociale.
- La crédibilité de la dépense sociale dépend de la mise en œuvre. Le gel des pensions et des prestations, la sous-indexation et les économies sur l'assurance maladie sont des hypothèses dont le rendement n'est pas acquis.
- Un antécédent. Pour 2026, le HCFP constate que les mesures de gestion prises en cours d'année « ne suffisent pas à contenir globalement la dépense publique dans les limites de la prévision initiale ».
Comment lire ces chiffres
- Une prévision, pas un constat. Les 1 782 milliards sont ceux du texte déposé le 1er octobre 2026 : ils changeront avec le vote du Parlement, puis avec les comptes de l'Insee.
- « Hors crédits d'impôt ». Ce n'est pas le chiffre de l'Insee ; il est inférieur d'environ 20 milliards pour 2025, un écart que la fiche rapproche du montant des crédits d'impôt (20,2 milliards d'après FIPECO).
- « En volume » dépend du prix retiré. Les +0,6 % de l'avis utilisent le déflateur du PIB. Le projet de loi de finances donne le même chiffre pour 2027 avec l'indice des prix à la consommation hors tabac ; les deux ne coïncident pas toujours (voir la fiche).
- Un tableau schématique n'est pas une ventilation comptable. Il montre des ordres de grandeur, pas la répartition définitive de la dépense.
Pour le contexte des prévisions de 2027, voir Budget 2027 : ce que le gouvernement prévoyait pour 2026, et ce qu'il prévoit maintenant, et pour la hausse des prélèvements, Prélèvements obligatoires : 44,2 % du PIB prévus en 2027.