Chaque année, la loi de finances fixe ce que l'État doit trouver comme argent frais, et par quels moyens. Pour 2027, le projet déposé le 1er octobre 2026 évalue ce besoin de financement à 339,7 milliards d'euros, contre 310,0 milliards dans la loi de finances pour 2026. Presque tout est couvert par de nouvelles émissions de titres à moyen et long terme : 340,0 milliards d'euros.
La question de ce repère : à quoi sert cet argent, et qu'est-ce qui explique la hausse de 29,7 milliards d'euros ? Pour la définition des termes, voir la fiche le tableau de financement de l'État.
Le tableau de financement, 2026 et 2027
| En Md€ | LFI 2026 | PLF 2027 | Écart |
|---|---|---|---|
| Besoin de financement | |||
| Amortissement de la dette à moyen et long termes | 169,9 | 189,2 | +19,3 |
| dont remboursement du nominal à valeur faciale | 167,5 | 179,5 | +12,0 |
| dont suppléments d'indexation versés à l'échéance (titres indexés) | 2,4 | 9,7 | +7,3 |
| Amortissement de la dette reprise de SNCF Réseau | 2,5 | 0,6 | −1,9 |
| Déficit à financer | 134,6 | 156,4 | +21,8 |
| Autres besoins de trésorerie | 3,0 | −6,5 | −9,5 |
| Total du besoin | 310,0 | 339,7 | +29,7 |
| Ressources de financement | |||
| Émission de dette à moyen et long termes, nette des rachats | 310,0 | 340,0 | +30,0 |
| Variation nette de l'encours des titres d'État à court terme | 2,0 | 2,2 | +0,2 |
| Prêts auprès des institutions et agences financières de l'Union européenne | 2,5 | ||
| Autres ressources de trésorerie | −2,0 | −5,0 | −3,0 |
| Total des ressources | 310,0 | 339,7 | +29,7 |
Sources : loi de finances pour 2026, article 147 ; projet de loi de finances pour 2027, article 57. Les écarts sont calculés par Comptes Publics. Le tableau de 2026 est celui de la loi votée en février, avant la révision de la prévision de déficit (−137,2 milliards d'euros attendus aujourd'hui, au lieu de −134,6) : le financement réel de 2026 s'écartera de ce tableau.
Où va l'argent
Plus de la moitié de l'emprunt de 2027 sert à rembourser de la dette ancienne. Les amortissements (189,2 milliards d'euros pour la dette à moyen et long termes, plus 0,6 pour celle de SNCF Réseau) représentent 189,8 milliards sur 339,7, soit environ 56 % du besoin. Le déficit du budget de l'État en représente environ 46 % (156,4 milliards). Le reste, négatif de 6,5 milliards, corrige des opérations budgétaires sans effet sur la trésorerie.
Le déficit n'est pas le seul moteur de la hausse. Sur les 29,7 milliards d'euros d'écart, le déficit à financer pèse pour 21,8, mais les amortissements augmentent de 19,3 milliards d'euros, partiellement compensés par la baisse des autres postes (−9,5 milliards) et de la dette reprise de SNCF Réseau (−1,9).
Les titres indexés sur l'inflation pèsent plus lourd. Quand une obligation indexée arrive à échéance, l'État rembourse aussi le supplément dû à l'inflation accumulée sur son capital. Ce supplément passe de 2,4 à 9,7 milliards d'euros entre 2026 et 2027. Cela relève de la même mécanique d'indexation que celle de la charge d'intérêts, qui augmente avec l'inflation. Pour les indices, voir Inflation de 3,0 % ou de 3,4 % ?.
Certains titres sont émis sous leur valeur nominale. Les « autres ressources de trésorerie » sont de −5,0 milliards d'euros. Le projet l'explique : des primes nettes de décotes à l'émission (−8,0 milliards d'euros), c'est-à-dire des titres émis en dessous de leur valeur nominale, partiellement compensées par les suppléments d'indexation reçus à la réémission de titres indexés (+3,0 milliards). Le tableau compte les émissions à leur valeur nominale : l'État reçoit moins que ce qu'il devra rembourser.
Le plafond voté par le Parlement
Ce que le Parlement fixe de façon limitative n'est pas le montant de l'emprunt, mais un plafond de la variation nette de la dette négociable de l'État de plus d'un an, apprécié en valeur nominale : 160,5 milliards d'euros pour 2027, contre 142,5 pour 2026. Le projet précise qu'il correspond aux émissions nettes des rachats moins les amortissements, à valeur faciale : 340,0 − 179,5 = 160,5. La dette à moyen et long termes augmenterait donc d'environ 160 milliards d'euros en valeur nominale.
Pour comparer, les émissions nettes de titres de dette de l'État, tous titres et toutes échéances, ont été de 127,9 milliards d'euros en 2025 (en valeur nominale, source Banque de France). La loi de finances 2026 prévoit 142,5 milliards pour les titres de plus d'un an, plus 2,0 pour les titres à court terme ; le projet 2027, 160,5 plus 2,2. Les périmètres des deux mesures ne sont pas identiques : l'ordre de grandeur de la hausse l'est.
Qui achète, et à quel taux
L'État vend ces titres à des investisseurs. À la fin du deuxième trimestre 2026, les non-résidents détenaient 59,7 % des titres de dette de l'État, et la Banque de France 18,2 % des OAT, contre 30,2 % au sommet de 2022 : voir Qui détient la dette de l'État ?. Sur les quatre trimestres jusqu'à mars 2026, les achats nets de titres de l'État par les non-résidents ont atteint 173,5 milliards d'euros, davantage que les émissions nettes de la période (156,3).
Le prix de ces émissions, c'est le taux. Le budget 2027 retient un taux à 10 ans de 4,3 % en moyenne ; le TEC 10 valait 4,80 % le 9 octobre (série quotidienne). Le Haut Conseil des finances publiques juge que cette hypothèse risque d'être trop optimiste. D'après le gouvernement, une hausse permanente d'un point de tous les taux ajouterait 3,4 milliards d'euros de charge la première année et 8,1 milliards la deuxième, parce que l'État refinance chaque année une partie seulement de sa dette. Voir aussi les taux des pays voisins.
Ce que le tableau ne dit pas
- Ce n'est pas le déficit des administrations publiques. Le « déficit à financer » est celui du budget de l'État (−156,4 milliards d'euros). Le déficit public au sens de Maastricht (5,0 % du PIB prévu en 2027) inclut aussi la Sécurité sociale, les collectivités et les organismes divers. Voir il n'y a pas un budget de la France, il y en a trois.
- Ce n'est pas un emprunt net de 340 milliards. Il s'agit d'émissions brutes (nettes des rachats), dont 189,8 milliards remplacent des titres remboursés. La dette n'augmente que de la différence, environ 160 milliards d'euros.
- Ce sont des prévisions, pas des résultats. Le projet sera amendé par le Parlement, et les émissions réelles de 2027 dépendront du déficit constaté, de la trésorerie et des conditions de marché.
- Aucune échéance ni aucun taux d'émission n'y figure. Le tableau est un tableau de trésorerie en milliards d'euros ; le calendrier des adjudications et les conditions de chaque émission relèvent de l'Agence France Trésor et ne figurent pas dans le projet de loi.