Le président élu au printemps 2027 exécutera un budget qu'il n'aura pas voté, celui de 2027, et préparera le suivant à l'automne. La question de ce repère : dans quel état seront les comptes publics, et quel effort faudrait-il pour stabiliser la dette ? Les chiffres viennent de trois documents officiels : le projet de loi de finances pour 2027, l'avis du Haut Conseil des finances publiques (HCFP) et le rapport de la mission confiée à quatre économistes, publié en juillet 2026.
Le point de départ
| 2025 (constaté) | 2026 (prévision révisée) | 2027 (projet de budget) | |
|---|---|---|---|
| Déficit public, % du PIB | 5,1 | 5,4 | 5,0 |
| Dette publique, % du PIB | 115,7 | 121,7 |
Sources : Insee, 28 août 2026 (2025, provisoire) ; projet de loi de finances pour 2027 (2026 et 2027).
Le déficit de 2025 est de 151,6 milliards d'euros. Selon la mission des économistes, il place la France au quatrième rang des déficits de l'Union européenne, au deuxième de la zone euro. Même si l'objectif de 5,0 % est tenu en 2027, la dette continuera d'augmenter : il faudrait, pour la stabiliser, un déficit d'environ 3 points de PIB plus faible.
À politique inchangée : près de 7 % de déficit en 2030
La mission des économistes a construit une trajectoire « à politique inchangée » : ce que deviendraient les comptes si aucune mesure nouvelle n'était prise après 2026. Son hypothèse de départ est un déficit de 5,0 % en 2026 (le gouvernement prévoit désormais 5,4 %).
| À politique inchangée | 2026 | 2027 | 2028 | 2029 | 2030 |
|---|---|---|---|---|---|
| Déficit public, % du PIB | 5,0 | 5,9 | 6,2 | 6,6 | 6,8 |
| Déficit primaire (hors intérêts), % du PIB | 2,4 | 3,0 | 3,0 | 3,1 | 3,1 |
| Dette publique, % du PIB | 118,4 | 121,4 | 124,2 | 127,3 | 130,5 |
Source : mission sur la transparence des finances publiques, juillet 2026, tableaux 2 et 5.
D'où vient la dégradation ? En 2027, surtout de la charge de la dette, de la montée en charge de la loi de programmation militaire et de la fin de la contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises. Ensuite, presque entièrement des intérêts : +10 milliards d'euros par an entre 2027 et 2030. Les dépenses sociales (santé et retraites d'abord) progresseraient plus vite que la croissance potentielle sur toute la période.
Le gouvernement fait le même constat pour 2027 : dans le projet de loi de finances, il estime qu'à politique inchangée le déficit se dégraderait d'environ 1 point de PIB. L'écart avec les 5,9 % de la mission tient, selon lui, à une situation de 2026 dégradée depuis l'été.
L'effort pour stabiliser la dette : environ 125 milliards d'euros
La dette se stabilise quand le solde primaire (le solde hors intérêts) compense l'écart entre le taux d'intérêt moyen de la dette et la croissance du PIB. La mission calcule qu'il faudrait un excédent primaire de 0,8 point de PIB en 2032, contre un déficit primaire d'environ 3 points à politique inchangée.
| Effort à réaliser d'ici 2032 (euros de 2030) | Montant |
|---|---|
| Pour stabiliser la dette, sans compter la dérive spontanée des dépenses | 100 Md€ |
| Pour stabiliser la dette, en comptant la dérive spontanée | 126 Md€ |
| Avec un point d'excédent primaire en plus, pour se prémunir contre la prochaine crise | 160 Md€ |
Source : mission sur la transparence des finances publiques, tableau 7.
Le rapport retient « de l'ordre de 125 milliards d'euros ». Réparti uniformément, cela fait un effort structurel de 0,6 point de PIB par an pendant six ans, environ 20 milliards d'euros par an. La mission juge préférable de concentrer l'effort au début, pour limiter la hausse de la dette, et conclut que l'ajustement « devrait être engagé dès 2027 ».
Pour comparer : le projet de budget 2027 affiche un effort de 43 milliards d'euros par rapport à l'évolution spontanée, selon le rapporteur général de l'Assemblée, et un ajustement structurel de 0,5 point de PIB potentiel selon le gouvernement.
Revenir sous 3 % de déficit : en 2029 ou en 2031, et pas sans conditions
L'engagement européen de la France est de ramener le déficit sous 3 % du PIB. Selon la mission, cela arriverait en 2029 ou en 2031 selon l'ampleur de l'ajustement, et seulement sous une hypothèse « très favorable » : que l'effort budgétaire ne freine pas la croissance (un multiplicateur budgétaire nul), parce que les ménages épargneraient moins et que les exportations compenseraient.
Le HCFP, dans son avis du 25 septembre 2026, juge l'objectif d'un déficit sous 3 % en 2029 « très peu vraisemblable, sauf évolutions conjoncturelles très favorables ».
Depuis la réforme du pacte de stabilité et de croissance, les règles européennes encadrent la dépense primaire nette (hors intérêts et nette des mesures nouvelles de recettes). La recommandation du Conseil de l'Union européenne en limite la hausse à 1,2 % par an en euros courants en 2027 et 2028, puis 1,1 % en 2029. En 2025, la France a respecté son plafond (+0,8 %), selon la mission.
Ce que ces chiffres ne disent pas
- « À politique inchangée » n'est pas une prévision. C'est un point de comparaison : ce qui arriverait sans aucune décision. Il permet de mesurer un effort, pas de prédire le déficit.
- L'effort n'est pas une liste de mesures. 125 milliards d'euros peuvent venir d'économies, de hausses d'impôts ou d'un surcroît de croissance. La mission plaide pour mobiliser les trois, en commençant par les dépenses sociales, et écarte l'idée qu'il puisse être concentré « sur certaines catégories seulement de la population ».
- Tout dépend des taux. La trajectoire suppose un taux d'intérêt de la dette proche de la croissance. Si les taux montent plus, l'effort nécessaire augmente (voir la charge de la dette).
- Les chiffres de 2026 et 2027 bougeront. Le déficit de 2026 sera connu en mars 2027, juste avant l'élection ; le budget 2027 est encore en discussion au Parlement.