À l'approche de la présidentielle, la question revient : les collectivités locales sont-elles une cause du déficit public, et que leur demande l'État pour 2027 ? Ce repère rassemble les chiffres de l'Insee et du rapport sur la situation des finances publiques locales annexé au projet de loi de finances pour 2027.
Une précision de vocabulaire. Les « administrations publiques locales » (APUL) de la comptabilité nationale regroupent les collectivités (communes, intercommunalités, départements, régions) et des organismes locaux (centres communaux d'action sociale, services d'incendie et de secours, chambres consulaires…). Les collectivités font environ 91 % de leur dépense.
Ce qu'elles pèsent
| 2025 | Administrations locales | Ensemble des administrations publiques |
|---|---|---|
| Dépenses | 335,5 Md€ (20 % de la dépense publique, 11,2 % du PIB) | 1 714,1 Md€ |
| Déficit | 15,6 Md€ (0,5 % du PIB) | 151,6 Md€ (5,1 % du PIB) |
| Dette (Maastricht) | 275,7 Md€ (9,2 % du PIB) | 3 460,1 Md€ (115,7 % du PIB) |
Sources : Insee, comptes nationaux, publication du 28 août 2026 (déficit et dette) ; rapport sur la situation des finances publiques locales, annexe au PLF 2027 (dépenses des APUL). Chiffres provisoires pour 2025.
Les administrations locales font donc un cinquième de la dépense publique, un dixième du déficit et environ 8 % de la dette. Elles portent en revanche 53,5 % de l'investissement public, selon le rapport annexé au projet de budget.
Un déficit récent
Les collectivités doivent voter des budgets à l'équilibre : elles ne peuvent emprunter que pour investir (la « règle d'or »). En comptabilité nationale, où l'emprunt n'est pas une recette, leur solde peut pourtant être négatif quand elles investissent plus qu'elles n'épargnent.
| Solde des administrations locales | Md€ |
|---|---|
| 2018 | +1,8 |
| 2019 | −2,5 |
| 2020 | −3,9 |
| 2021 | −0,9 |
| 2022 | −1,1 |
| 2023 | −9,9 |
| 2024 | −17,8 |
| 2025 | −15,6 |
Source : Insee, publication du 28 août 2026 (série complète).
Le solde s'est fortement dégradé en 2023 et 2024. Le rapport annexé au projet de budget l'explique, pour les collectivités elles-mêmes, par la hausse des dépenses de fonctionnement et d'investissement et par la chute des droits de mutation (les « frais de notaire »), recette volatile liée au marché immobilier. Le déficit des collectivités est passé de −5,5 milliards d'euros en 2023 à −12 milliards en 2024, puis −9,3 milliards en 2025. Dans le même temps, celui des organismes locaux s'est creusé (−6,2 milliards en 2025).
Le cycle électoral joue aussi : l'investissement communal augmente au fil du mandat et baisse l'année des élections. Selon le rapport, le cumul d'investissement du mandat 2020-2025 dépasse celui de chacun des quatre précédents.
D'où vient leur argent
En 2025, d'après le rapport annexé au PLF 2027 :
- les transferts de l'État au sens large (dotations, dégrèvements, fiscalité transférée, fractions de TVA compensant des suppressions d'impôts) atteignent 156 milliards d'euros, environ 57 % de leurs recettes hors emprunt ;
- le produit de la fiscalité locale est de 121,3 milliards d'euros, dont 52,7 milliards de fractions de TVA nationale versées en compensation de différentes réformes, notamment la suppression de la taxe d'habitation sur les résidences principales et de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises ;
- l'État reste, selon le rapport, « le premier contribuable local », par les dégrèvements et compensations qu'il prend en charge.
Les suppressions d'impôts locaux décidées depuis 2018 ont ainsi été compensées par des parts d'impôt national : un impôt payé localement a été remplacé par une recette prélevée sur le budget de l'État.
La dépense : d'abord le personnel
Les dépenses de fonctionnement font 78 % de la dépense locale, et le personnel en fait 60 %. Entre 2004 et 2025, les charges de personnel des administrations locales ont augmenté de 3,1 % par an en moyenne, contre 1,9 % pour l'État et ses organismes et 2,7 % pour la Sécurité sociale. La fonction publique territoriale comptait 2 059 900 agents fin 2024.
En 2025, les dépenses de fonctionnement des collectivités n'ont augmenté que de 1,4 % (après +4,0 % en 2024 et +6,1 % en 2023), mais l'objectif fixé par la loi de programmation des finances publiques 2023-2027 n'a pas été atteint, selon le rapport.
Ce que le budget 2027 leur demande
Le projet de loi de finances pour 2027 crée une contribution progressive des collectivités à l'effort budgétaire (CPEB), article 37, dont le rendement attendu est de 2,5 milliards d'euros, versés au budget de l'État pour la seule année 2027.
| Strate | Taux plancher | Taux plafond | Taux majoré |
|---|---|---|---|
| Communes | 0,5 % des recettes réelles de fonctionnement (10 % les plus pauvres) | 2 % (10 % les plus riches) | 3 % (2 % les plus riches) |
| Intercommunalités à fiscalité propre | 0,5 % | 2 % | |
| Départements | 0 % (40 % les plus fragiles) | 2 % (10 % les plus riches) |
Source : rapport sur la situation des finances publiques locales, annexe au PLF 2027.
La contribution concerne 40 % des communes, 60 % des départements et toutes les intercommunalités hors outre-mer. Sont exonérés les collectivités d'outre-mer, les 40 % des départements les plus fragiles, les communes urbaines et rurales les plus pauvres selon les indices des dotations de solidarité, et les contributions inférieures à 5 000 euros. Un fonds de 50 millions d'euros doit aider les communes contributrices les plus en difficulté.
Le reste des transferts de l'État est stable : les transferts au sens large resteraient à 156 milliards d'euros en 2027 (−1 milliard par rapport à 2026, hors dispositifs de lissage et CPEB). Le projet maîtrise la progression des fractions de TVA, freine le fonds de compensation de la TVA et double presque la dotation de soutien à l'investissement local.
Ce que ces chiffres ne disent pas
- Le déficit local n'est pas un déficit de fonctionnement. La règle d'or interdit d'emprunter pour payer les dépenses courantes. Le besoin de financement des collectivités finance de l'investissement.
- Ce ne sont pas seulement des décisions locales. Une partie des dépenses (allocations individuelles de solidarité des départements, revalorisations du point d'indice des agents) est fixée par l'État.
- La CPEB est un projet. Son barème et son rendement seront discutés au Parlement ; elle ne vaut, dans le texte déposé, que pour 2027.
- Les moyennes cachent de grands écarts. Le rapport souligne que les départements sont dans une situation financière plus fragile que les communes et les régions, malgré une amélioration en 2025.